mercredi 7 septembre 2016

LE GAVAGE DES JEUNES FILLES EN MAURITANIE. ENTRE CRITERES DE BEAUTE, RISQUES SANITAIRES ET DROITS HUMAINS

En quoi consiste le gavage ?

Il s’agit de faire manger (très souvent sous la menace ou par la force physique) de grandes quantités de nourriture riche en calories prises par doses régulières aux filles et jeunes femmes. En général, le lait de chamelle et de vache constitue la principale nourriture. Ce lait peut également être accompagné de nourriture relativement liquéfiée comme la bouillie de mil achetée à l’occasion des pérégrinations de la famille (nomadismes)[1]. Le tout est de favoriser le développement de l’embonpoint chez la jeune fille afin qu’elle corresponde aux « normes de beauté » traditionnelles de la société maure (les arabes mauritaniens, majoritaires dans le pays).

 A côté de l’alimentation quasi-permanente, le gavage s’accompagne d’une oisiveté fortement encouragée chez la jeune fille. A cet effet, la position couchée est celle principalement adoptée tout au long de la journée. Elle permet, en outre, de procéder à « l’instruction » de la jeune fille, en termes de préparation aux attitudes à prendre une fois dans sa vie de femme mariée. Pour certaines jeunes filles de classes sociales inférieures, elles y apprennent ainsi le chant, l’utilisation de certains instruments musicaux (calebasse renversée, par exemple). C’est aussi l’occasion d’apprendre à faire du thé pour son futur époux (même si elle n’a pas le droit d’en boire durant la période de gavage ; l’acidité du thé pourrait ralentir les effets recherchés).

Quel est le but visé à travers le gavage ?

En termes de critère de beauté recherché dans la société maure – et qui s’est largement diffusé dans les autres ethnies de la Mauritanie, les « rondeurs » de la femme s’avèrent un élément essentiel. Odette du Pigaudeau (2005)[2] avait remarqué que « Cet embonpoint, déjà apprécié au XI et XVI siècles, est demeuré un canon de la beauté maure ». On parle ainsi de Valha (la gracieuse), la belle en Hassanya (une des langues mauritanienne)[3].

En plus de représenter les plus belles aux yeux des hommes – lesquels sont, eux, généralement assez minces, se déplaçant beaucoup dans des conditions d’aridité climatique – les grosses femmes mauritaniennes constituent également un indicateur de la richesse du mari, après avoir été un indicateur de la situation sociale de ses parents, en termes d’importance de leur troupeau (capacité d’entretenir sa famille). S’opère ainsi un jeu d’alliance fondée sur l’image présentée tout autant par la famille d’origine que le foyer de destination en termes de statut et de prestige social.

Dès lors, une femme maigre aura du mal à trouver un mari et fera l’objet d’une forte « pression sociale ». Certaines se retrouvent obligées de s’installer en ville ou d’utiliser des produits pharmaceutiques (Longifen, par exemple), afin d’accélérer le processus de prise de poids, faute de supporter le gavage.

La tradition du mariage précoce comme soubassement

Cette pratique est liée à une tradition: les filles ont tendance à se marier à un très jeune âge (12-14 ans) ; elles doivent ainsi se présenter avec un physique « avantageux » avant l’évènement.

Généralisation de la pratique du gavage ?

Avec les pressions internationales, le gavage est maintenant prohibé dans la loi mauritanienne. Toutefois, si dans la capitale et dans le Nord mauritanien (Nouadhibou) la pratique est résiduelle – ou est simplement moins visible, par contre, dans les régions du Sud et de l’Est (et surtout dans les zones rurales), la nécessité de favoriser le mariage des filles ralentit les changements de comportements. 

Institutionnalisation du gavage

Tout comme l’excision, il existe des femmes spécialisées dans le gavage des filles. Généralement installées hors des villes, ces femmes présentées comme des nourrices sont payées pour recevoir et s’occuper des filles lors des « vacances » (une ou deux périodes d’hivernage). Celles-ci sont tenues de manger tout ce qu’on leur donne, au risque d’être physiquement punies par la nourrice et ses assistants[4].

S’y ajoute la nécessité de ne pas décevoir sa famille (pression sociale) qui compte sur la « présentabilité » de la jeune fille pour lui trouver un époux le plus rapidement possible. D’autant qu’à travers une alliance, la famille reçoit une dote (généralement, en têtes de bétail), en plus de voir son effectif allégé, en termes de charges et son prestige social peut-être relevé.

D’après l’Equipe de Recherches sur les Mutilations Génitales Féminines de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Nouakchott, un dicton maure énonce notamment que "La femme n’occupe de l’attention que ce qu’elle occupe de l’espace"[5].

Conséquences du gavage

L’obésité est devenue largement observable en Mauritanie. Toutefois, si elle pose de véritables problèmes de santé (maladies cardio-vasculaires, diabète, entre autres), pour autant, elle ne semble pas constituer une menace au regard des représentations liées à la beauté de la femme mauritanienne. Bien au contraire, c’est l’absence d’embonpoint qui pourrait, hors des grandes villes tout au moins, empêcher les jeunes filles de trouver un mari.

D’où la difficulté de lutter contre cette pratique.

Gavage et droits humains

Le 3 juillet 2014, lors de l’examen du rapport de la Mauritanie par le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, la délégation mauritanienne a été interpelée à propos du « gavage » – ou l'alimentation forcée. La réponse a consisté à déclarer « qu'il s'agissait d'une tradition héritée du passé qui n'existe plus dans le pays, pas même en zone rurale, car «aujourd'hui toutes les femmes veulent être fines et élégantes».  Il s'agit donc d'une pratique ancestrale qui est en train d'être éradiquée »[6].

C’est dans ce sens que les autorités mauritaniennes rappellent que la Constitution révisée en 2006 interdit « toute discrimination en raison de la race, de la condition sociale et du sexe ». 

Pourtant, les Organisations de la Société civile (OSC) continuent de dénoncer le fait que « Bien que la Mauritanie ait ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), l’Etat y a émis une réserve générale : seuls les articles en concordance avec la Sharia et avec la Constitution mauritanienne seraient appliqués. »[7]

C’est dire que, même si la pratique du gavage est de moins en moins visible, il importe de mettre en exergue toutes ses formes, y compris celles modernes et en zones urbaines. Ceci permettra de donner un sens au cadre juridique qui se retrouve lui-même plombé par le poids de la « tradition » et des représentations de la beauté dans la société mauritanienne.

Pour nombres d’experts des droits humains et la société civile, la question de l’éducation des jeunes filles et de l’alphabétisation des femmes pourrait constituer une piste pour libérer la femme de ce type de représentation. Il restera aussi à sensibiliser les hommes, surtout dans une société mauritanienne fortement masculinisée, où les fatwas contre certains promoteurs de l’émancipation des femmes sont souvent brandies comme menaces.




[1] L’ajout de viande de ruminants est surtout observé dans le gavage des filles adultes qui n’avaient pu être gavées plus tôt. Chez elles, le gavage se déroule surtout la nuit. On parle de Elleyliya très pratiqué au Nord.
[2] Puigaudeau O. du, Arts et coutumes des Maures, Ibis press, 2005, 320 p.
[3] Chez la femme mince, l’adjectif valha est généralement utilisé avec un de ses diminutifs effeilha.
[4] Au besoin, un instrument nommé Azayar est utilisé pour punir la jeune fille. Il est constitué de deux bâtons attachés ensemble.
[7] La Mauritanie a ratifié le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo), mais n’a pas ratifié le Protocole facultatif à la CEDAW. www.africa4womensrights.org/public/Cahier_d_exigences/Mauritanie-FR.pdf  

jeudi 3 mars 2016

Philanthropie et développement en Afrique subsaharienne. Questions ouvertes sur un domaine privé

J'ai plaisir à partager avec vous une petite réflexion sur la question de la philanthropie en Afrique. A ce stade, il s'agira juste d'une introduction sur cette question. Certainement qu'avec vos feedback, nous pourrons enrichir cet article et approfondir certains points à travers notamment, un regard critique sur l'action philanthropique en Afrique. La philanthropie en Afrique constitue-t-elle un substitut aux interventions publiques ? Quelles sont les problématiques ainsi que les paradoxes de la philanthropie en Afrique? Quels sont ses effets et impacts supposés ou réels dans ce contexte?    



La philanthropie, une forme de solidarité ? Une approche humaniste de contribution à la satisfaction des besoins des moins nantis ? Une démarche de (re)distribution volontaire et non contraignante d’une partie de ses revenus au profit de bénéficiaires totalement étrangers à soi ? « Une pratique (…) de riches soucieux d’apaiser leur conscience », comme se le demandait Antoine Vaccaro du Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie (Vaccaro, 2012)[1] ? C’est quoi au juste la philanthropie ? De plus en plus entend-on parler de philanthropie, avec ses interventions dans divers domaines de la vie et, pratiquement, dans tous les pays, qu’ils soient développés ou en développement. Mais, de plus en plus aussi, cette philosophie ou doctrine de vie apparaît-elle dans une sorte de brouillard qui accroît la peine à la saisir, à la circonscrire et la distinguer d’autres formes de solidarité, de marques de générosité ou d’autres caractéristiques du don, dans la perspective bourdieusienne du concept, c’est-à-dire, sans une intention calculée. Il importe donc de comprendre ce qui caractérise la philanthropie et comment elle est perçue. Il importe aussi de comprendre les motivations des philanthropes ainsi que leurs registres d’action. Par registres d’action, nous entendons les types d’activités, les secteurs investis et les zones d’intervention déterminées par eux.

Ceci nous semble d’autant plus important que, depuis leur accès à la souveraineté internationale, la plupart des Etats africains – ceux subsahariens, notamment – ont bénéficié de l’appui des institutions et de la coopération internationales pour mettre en œuvre leurs politiques de développement. Environ un demi-siècle plus tard[2], le rôle de ces partenaires traditionnels (dont les plus visibles restent la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, à côté de la coopération d’abord bilatérale puis multilatérale) n’a pas grandement évolué. Etant donné la faible capacité de mobilisation des ressources internes pour financer leurs programmes de développement, les Etats africains font appel à l’aide et aux crédits internationaux pour réaliser leurs ambitions. D’où des politiques de développement élaborées avec un quasi blanc-seing desdits partenaires. Avec un ensemble de conditionnalités qui s’y rattachent, créant ainsi une situation de dépendance fortement décriée tant par les opposants à l’impérialisme (contexte de la décolonisation puis de la « guerre froide ») que par les théoriciens de la dépendance[3] (contexte post-indépendance), entre autres.

Une telle situation de dépendance, bien des années plus tard, ne va pas sans soulever quelques interrogations dès l’instant où le regard se pose sur la présence de la philanthropie en Afrique subsaharienne. L’intervention philanthropique en Afrique a-t-elle vocation à promouvoir le développement, ou bien reste-t-elle, avant tout, une œuvre de bienfaisance ? Faut-il la présenter comme un complément voire comme un substitut à la coopération internationale et, surtout, au devoir légitime des Etats, en termes de prise en charge des besoins de leurs populations ? Une telle inquiétude quant à la clarification des espaces d’intervention ainsi que des rôles suscite aussi d’autres interrogations. Dans quelle mesure les Etats africains exercent-ils un « contrôle » sur les actions et les formes d’intervention desdites entités caritatives ? 

De par l’importance des moyens financiers mobilisés, de par l’aura et l’envergure internationale de ceux que l’hebdomadaire Jeune Afrique a appelé « ces milliardaires qui croient en l’Afrique », ne serait-on pas interpelé par les propos prêtés à Hadeel Ibrahim[4], fille de Mo Ibrahim et directrice de la fondation créée par ce dernier, quand elle déclare :

« La philanthropie, ce sont des gens qui dépensent de l’argent comme ils en ont envie. (…) La philanthropie est une démarche personnelle, il n’y a pas de comptes à rendre à qui que ce soit. » 

Il faut alors se demander comment s’opèrent la surveillance et le contrôle des activités et moyens mobilisés par lesdites fondations. Les Etats africains ont-ils les moyens – voire la volonté – d’exercer une surveillance et un contrôle sur ces fondations ? Le risque, à ce niveau, est non seulement de « transférer » la responsabilité des actions de développement vers des acteurs difficilement contrôlables à leur échelle mais, surtout, de laisser germer et se perpétuer d’autres formes de dépendance, en mettant en relation directe des intervenants extérieurs (sous forme d’électrons libres) et des populations suffisamment vulnérables pour s’exposer à de nouvelles formes d’injonction. 

Non pas que tous ces acteurs de bienfaisance aient pour projet d’intervenir sans tenir compte des enjeux in fine pour les populations. Non pas que toutes les fondations soient portées par des intentions non avouables. Il s’agit surtout d’orienter la réflexion autour des principes de responsabilité et d’éthique, en se demandant si les actions menées et les approches mobilisées (les registres d’action) répondent effectivement à ces principes, d’une part. Il s’agit, d’autre part, de s’interroger quant à l’efficacité et les impacts de la philanthropie que beaucoup d’Organisations non gouvernementales (ONG) présentes en Afrique subsaharienne considèrent comme source alternative de financement des projets de développement.

Pour l'heure, essayons de mettre en exergue le concept de philanthropie à travers certaines de ses formes et caractéristiques. Toutefois, nous limiterons notre champ à quelques Fondations intervenant en Afrique subsaharienne. Ceci nous permettra, par la suite, de nous intéresser à leur déploiement dans le contexte africain, partant des figures majeures de la philanthropie (individus, structures) en Afrique. En cherchant ainsi à comprendre ce que fait la philanthropie dans ce contexte, nous pourrons, en dernier lieu, nous intéresser à la portée de cette philosophie de la charité, en termes d’effets, d’impacts. L’objectif pour nous étant d’amorcer une réflexion critique sur l’investissement-engagement du privé dans les approches de développement en Afrique subsaharienne, nous nous limiterons pour ce premier travail à présenter un certain nombre de Fondations intervenant en Afrique, avec les problématiques que suscitent leur démarche et leurs activités.

De plus en plus émergente et visible en Afrique, la philanthropie se présente sous des formes suffisamment distinctes pour, parfois, créer des confusions dans l’engagement humanitaire ou les actions de développement. Mais aussi des confusions dans ce qui relève de l’intervention ou une réponse ponctuelle à un problème survenu dans telle ou telle partie du continent, d’une part, et des engagements plus formalisés et soutenus d’accompagner des communautés – à travers divers intermédiaires – face à des préoccupations considérées comme fondamentales pour la lutte contre la pauvreté ou la réduction de leur vulnérabilité, d’autre part.

Ainsi voyons-nous divers acteurs philanthropiques avec des approches qui ne se distinguent pas toujours les uns des autres.

I-              FONDATIONS ET ACTIONS DE BIENFAISANCE EN AFRIQUE

La Fondation Bill & Melinda Gates

Elle a été créée en 2000 et intervient dans les domaines de la santé et l’éducation. La stratégie principale de la Fondation Gates consiste à mobiliser des personnalités d’envergure internationale en vue d’accroître les ressources (« effet de levier ») et de développer des synergies dans les interventions. En 2014, elle a dépensé 3,9 milliards de dollars[5].

Malgré une présence fort saluée en Afrique, notamment au travers de son investissement dans la lutte contre le paludisme (Programme Roll back Malaria), la Fondation Gates fait l’objet de beaucoup de controverses. En effet, en tant qu’investisseur, Bill Gates appuie fortement le développement des activités de multinationales comme Monsanto, connue pour sa forte promotion des organismes génétiquement modifiés (OGM)[6]. Cette forme d’investissement dans le secteur agricole, la Fondation ne la nie pas (elle a investi 23,1 milliards dans Monsanto, selon l’hebdomadaire jeune afrique, op. cit. p27) qui la justifie par sa volonté de « fournir aux agriculteurs une variété de solutions possibles et pas d’imposer des solutions ».

Ses investissements dans le secteur pétrolier nigérian ne sont pas non plus exempts de critiques, compte tenu du fait que, dans le Delta du Niger, la destruction de l’environnement et la dégradation des conditions sanitaires des populations locales sont fortement décriées.

La Fondation Dangote

Créée en 1993 par le milliardaire Nigerian Aliko Dangote (secteur cimenterie ; homme le plus riche d’Afrique selon le classement de Forbes, avec 21,6 milliards de dollars en 2014), cette fondation qui était très  peu audible il y a encore dix ans, s’investit dans les domaines liés à l’accès à l’eau potable et à la santé. C’est en ce sens qu’elle est en partenariat avec la Fondation Bill & Melinda afin de lutter contre la poliomyélite.

La Fondation apporte aussi des appuis ponctuels, notamment suite aux catastrophes naturelles (fortes inondations) survenues au Nigeria, en 2012.

La Ford Foundation

Elle est l’une des premières structures philanthropique à avoir investi le continent africain, puisqu’elle y est depuis 1962. La Fondation Ford a été créée en 1936.

« The Ford Foundation has invested nearly $300 million in Eastern Africa since 1962, helping to lay a foundation for democracy by supporting the growth of civil society, advancing women’s rights, developing leaders in key sectors, and strengthening government.

Today the foundation provides some $12 million each year to support institutions in Kenya, Uganda and Tanzania that are working for a freer, fairer and more prosperous East Africa.[7] »

Au-delà de l’Afrique de l’Est, la Fondation est présente dans d’autres pays du continent, notamment à travers le secteur de l’Education où elle offre des bourses visant en priorité l’accès des filles à l’enseignement supérieur.

La Fondation Motsepe

C’est le Sud-africain Patrick Motsepe et son épouse qui ont créé cette fondation éponyme[8]. Ses domaines de prédilection sont le renforcement des capacités économiques, l’éducation, la santé et les sports. A travers l’initiative « Sanlam Kay Motsepe Schools Cup » mise en place en 2004, la Fondation a déjà dépassé les 400 000 dollars de récompense.

Quid de la Fondation Open Society du financier Georges Soros ? Ses interventions en Afrique concernent principalement les questions de démocratie. Une des critiques faites sur elle porte sur le fait qu’elle ne présente aucun bilan au public. Et, si l’on en croit Jeune Afrique, sa directrice pour l’Afrique de l’Est, Binaifer Nowrojee, soulignait que« l’organisation n’a pas d’outils pour mesurer la réussite ou l’échec d’un projet » même si elle dispose « d’un gros tas d’argent ».

D’autres Fondations sont également bien présentes en Afrique. C’est le cas de la Fondation Mo Ibrahim qui s’intéresse aux problématiques de formation de ressources humaines de qualité, aux questions de gouvernance et de Leadership. Chaque année, en principe, elle prime une personnalité africaine ayant brillé autour de ces aspects[9].

Il y a aussi la Fondation Danjuma de l’ancien ministre nigerian de la Défense, Theophilus Danjuma (santé et éducation) ; celui de son compatriote Tony Elumelu (développement du secteur privé) ; celui du Sud-africain Tokyo Sexwale (développement du secteur privé aussi).

Et bien d’autres encore, qu’elles soient fondées par des Africains ou par d’autres personnalités internationales.

II-            Autres organisations ou initiatives caritatives

L’Africa Global Initiative

Mise en place par l’ex-premier ministre britannique Tony Blair, l’« Initiative pour la gouvernance en Afrique[10] » constitue plutôt un cadre où les investisseurs et les donateurs peuvent disposer de conseils et de supports techniques sur les questions de gouvernance.

Ses interventions sont davantage centrées sur des pays comme le Libéria, la Sierra-Léone, le Soudan du Sud et le Rwanda. Et son partenariat avec l’Agence états-unienne pour le développement international (USAID) lui a valu l’obtention de 880 000 dollars pour un projet en Sierra-Léone.

La « Clinton Global Initiative »

L’ancien président américain, Bill Clinton, a créé sa propre fondation (la William J. Clinton Foundation) mais sa présence dans le contexte africain est surtout rendue visible par l’organisation régulière de la « Clinton Global Initiative » (CGI).

Depuis 2005 que l’événement mobilise des centaines de personnalités d’envergure internationale (des donateurs) afin de lever des fonds, elle revendique un montant de 73,1 milliards de dollars d’engagements en vue de contribuer à l’amélioration de la vie de plus de 400 millions de personnes à travers le monde – pas seulement en Afrique.

L’Alliance pour une révolution verte en Afrique (ARVA)

Elle est une initiative mise en place par les Fondations Gates et Rockefeller, en 2006. Présidée par l’ancien Secrétaire général des Nations-Unies, Koffi Annan, l’ARVA, qui dispose d’un budget initial de 400 millions de dollars,  a pour objectif « de promouvoir sur le continent une révolution verte similaire à celle qu’a connu l’Asie, dans les années 1970 ». Le problème est que le modèle asiatique fait l’objet de très vives critiques. Ce qui, d’ailleurs, a amené l’activiste indienne Vandana Shiva à parler d’«invasion culturelle du système agroalimentaire asiatique », en accusant des multinationales agricoles de chercher à « propager le mensonge de la monoculture et de ravager la nature sans vergogne », d’après Jeune Afrique

Au niveau international, on note davantage la présence de Fondations et d’Initiatives d’origine anglo-saxonne que française, y compris dans les pays francophones d’Afrique.





[1] Antoine Vaccaro, « Le renouveau de la philanthropie », Le journal de l'école de Paris du management 2012/4 (N° 96), p. 31-37. DOI 10.3917/jepam.096.0031
[2] Excepté surtout des pays comme l’Angola (1975), le Cap-Vert (1975), Djibouti (1977), la Guinée-Bissau (1973), le Mozambique (1975), la Namibie (1990), le Zimbabwe (1980), qui sont devenus indépendants dans les années 70 ou plus tard.
[3] Inspirés par les expériences en Amérique latine, des intellectuels comme l’Egyptien Samir Amin (économiste) réfutent les théories (du développement) prônant un certain nombre d’étapes du développement. Pour les théoriciens de la dépendance, les pays en développement ne sauraient adopter les trajectoires et modèles de développement prônés par les institutions internationales et l’Occident, puisque  leurs structures économiques ont été bâties sur le modèle de la dépendance. La caractéristique principale de ce modèle est qu’il est orienté vers les choix de la métropole (pour les nations colonisées, notamment) et ce faisant, il a généré une économie structurée autour d’un modèle inadapté aux besoins endogènes (théorie de la désarticulation).
[4] Dans l’hebdomadaire « Jeune Afrique » n°2720 du 24 février au 2 mars 2013, page 27.
[6] Dans un article paru en 2009, un organe de presse en ligne titrait « La fondation Bill Gates donne à l'Afrique et l'Inde des millions et des OGM ». www.zdnet.fr/actualites/la-fondation-bill-gates-donne-a-l-afrique-et-l-inde-des-millions-et-des-ogm-39709433.htm
Tandis que, dans le nouvelobs, on peut lire « Bill Gates : un bienfaiteur de l’humanité... version OGM et nucléaire ».
[9] Seulement, depuis 2012 où elle avait décerné un prix à l’Archevêque anglican, le Sud-africain Desmond Tutu, la Fondation n’avait plus « trouvé » de personnalité répondant à ses critères. C’est seulement en 2015 qu’un prix a été décerné au Président Pohamba de la Namibie. www.moibrahimfoundation.org