mercredi 15 juillet 2015

PRIERE POUR UN FRERE AFRICAIN, PRESIDENT DE REPUBLIQUE - Mungu tu anajua (God only knows)

Seigneur, Dieu au dessus de tout
J’ai besoin de Toi
Mon frère a besoin de Toi
Mais il ne le sait pas et croit qu’il est maître de tout
Il pense qu’au pays, il est Toi
Seigneur, mon frère a besoin de Toi

Autour de lui, certains ont coupé tous les lauriers
Pour lui tresser la couronne intemporelle de l’incomparable guerrier
Dans leur élan, ils nettoient tout autour, et le désert de s’installer
Qui fait penser « qu’il n’y a vraiment personne comme lui »
Les intellectuels, les opposants, les pères-fondateurs, les pas-encore-nés,
Du Caire au Cap, il n’y aurait vraiment personne comme lui.

Nuit et jour, d’aucuns lui présentent des scénarios rafraichis
Pour lui faire croire que sans lui rien ne marche dans le pays
Pour d’autres, depuis qu’il est là, il se porte tellement bien, le pays
Que les femmes ne donnent plus naissance aux enfants sans y laisser la vie
Que l’anophèle a tellement peur de lui au point d’envisager aussi
de migrer par la Méditerranée ; d’où la baisse des cas de Paludisme.
Que l’absence de manifestations syndicales constitue un signe de patriotisme
Que, d’ailleurs, les jeunes sont devenus si fervents défenseurs
Que, dans les rues mal éclairées, ils ne cessent de traquer ses pourfendeurs
Et même s’ils ne trouvent pas encore de travail, non, ils ne sont pas au chômage:
Ils s’activent dans les instances du parti
Ou alors, ils quittent noblement le pays
Pour faire baisser le taux de chômage.

Oui, elle se porte tant et si bien notre nation
Que 70% des nouveaux organes de presse ne parlent que des réalisations
De mon frère président et de sa capacité à tenir tête aux impérialistes en faction
Que, si l’eau potable ne coule pas encore à flots
C’est que des malheureux subtilisent toujours les tuyaux
Que, si l’on continue d’importer des denrées de première nécessité,
C’est que les champs, la mer et les pâturages l’ancien régime a pollué
Autant qu’il aurait favorisé une ethnie,
Dans l’administration publique, dans l’armée et dans les secteurs clés de l’économie
Autant qu’il aurait encouragé l’accaparement des ressources
Par des alliés toujours opportunément à sa rescousse

Voilà ce qu’on raconte à mon frère, Seigneur
Voilà ce qu’on lui transmet comme rapport jour et nuit, Nzambe.
Voilà comment les faucons lui présentent « celui qui lorgne son fauteuil », Allah
Voilà pourquoi plus personne n’ose lui dire le fond de sa pensée, Imana
Voilà pourquoi le conseiller entend surtout le conseil qu’on lui prodigue, Bwana
Voilà, ô Yahvé, comment mon frère est devenu aussi esseulé qu’un ermite au marché.

Certes, il a la puissance de sa signature
Certes, il a un passé qui consolide la crainte qu’il inspire
Certes est-il aussi celui qui régule la température chez les voisins
Certes, il aide même des voisins à instaurer le meilleur chez eux
Certes a-t-il aussi impulsé le sens de la discipline et de l’ordre dans son propre pays

Mais, Imana, pourquoi faut-il que l’homme se voie comme omnipotent?
Dis-moi, Bwana, pourquoi faut-il qu’il croit que sans lui, point de beau temps?
Comment se fait-il que, Nzambe, dans nos contrées, le respect de la Loi fondamentale
Soit une valeur si peu normale?
N’est-ce pas, Allah, nous qui avons, par nous-mêmes, défini la durée
Et le nombre de mandat de l’occupant du palais?
Comment se fait-il, Nzambe, que l’on puisse accorder aussi peu de crédit à sa parole
Et qu’en retour, l’on s’attende au respect
A la considération et à une exemplarité reconnue par son peuple ?
Est-ce bien cela le Leadership, Bwana?
Dis-moi, Imana, par quel langage faut-il parler à mon frère, avant qu’il ne soit trop tard.

Préserve-nous, Seigneur, d’un nombre croissant de morts comme langage
Préserve-nous, Seigneur, d’un nombre croissant de réfugiés comme langage

Ta sagesse, Seigneur
C’est là ma prière, Seigneur

Je sais que mon frère président a besoin de moi.
Et, moi, j’ai besoin de Toi
Lui comme moi
Mes autres frères Africains comme moi
Avons surtout besoin de ton esprit de discernement
Quand nous nous réveillerons avec
Que nous comprenions que nous nous laissons divertir par des desseins vils
et de courte vue
Quand nous ouvrirons vraiment les yeux
Que nous appréciions mieux
Le temps que nous avons perdu
Et que nous risquons de continuer à perdre, pauvres incivils.

Ce temps qui nous sépare de notre passé et de notre devenir.
Ou plutôt du mieux-être des générations à venir.


Mungu akubariki (Dieu vous bénisse)!