Seigneur, Dieu au dessus de tout
J’ai besoin de Toi
Mon frère a besoin de Toi
Mais il ne le sait pas et croit qu’il est
maître de tout
Il pense qu’au pays, il est Toi
Seigneur, mon frère a besoin de Toi
Autour de lui, certains ont coupé tous les
lauriers
Pour lui tresser la couronne intemporelle de
l’incomparable guerrier
Dans leur élan, ils nettoient tout autour, et
le désert de s’installer
Qui fait penser « qu’il n’y a vraiment
personne comme lui »
Les intellectuels, les opposants, les
pères-fondateurs, les pas-encore-nés,
Du Caire au Cap, il n’y aurait vraiment
personne comme lui.
Nuit et jour, d’aucuns lui présentent des
scénarios rafraichis
Pour lui faire croire que sans lui rien ne marche
dans le pays
Pour d’autres, depuis qu’il est là, il se
porte tellement bien, le pays
Que les femmes ne donnent plus naissance aux
enfants sans y laisser la vie
Que l’anophèle a tellement peur de lui au
point d’envisager aussi
de migrer par la Méditerranée ; d’où la
baisse des cas de Paludisme.
Que l’absence de manifestations syndicales constitue
un signe de patriotisme
Que, d’ailleurs, les jeunes sont devenus si
fervents défenseurs
Que, dans les rues mal éclairées, ils ne
cessent de traquer ses pourfendeurs
Et même s’ils ne trouvent pas encore de
travail, non, ils ne sont pas au chômage:
Ils s’activent dans les instances du parti
Ou alors, ils quittent noblement le pays
Pour faire baisser le taux de chômage.
Oui, elle se porte tant et si bien notre nation
Que 70% des nouveaux organes de presse ne
parlent que des réalisations
De mon frère président et de sa capacité à
tenir tête aux impérialistes en
faction
Que, si l’eau potable ne coule pas encore à
flots
C’est que des malheureux subtilisent toujours
les tuyaux
Que, si l’on continue d’importer des denrées
de première nécessité,
C’est que les champs, la mer et les
pâturages l’ancien régime a pollué
Autant qu’il aurait favorisé une ethnie,
Dans l’administration publique, dans l’armée et
dans les secteurs clés de l’économie
Autant qu’il aurait encouragé l’accaparement
des ressources
Par des alliés toujours opportunément à sa rescousse
Voilà ce qu’on raconte à mon frère,
Seigneur
Voilà ce qu’on lui transmet comme rapport jour
et nuit, Nzambe.
Voilà comment les faucons lui présentent « celui
qui lorgne son fauteuil », Allah
Voilà pourquoi plus personne n’ose lui dire le
fond de sa pensée, Imana
Voilà pourquoi le conseiller entend surtout le conseil qu’on lui prodigue, Bwana
Voilà, ô Yahvé, comment mon frère est devenu
aussi esseulé qu’un ermite au marché.
Certes, il a la puissance de sa signature
Certes, il a un passé qui consolide la crainte
qu’il inspire
Certes est-il aussi celui qui régule la
température chez les voisins
Certes, il aide même des voisins à instaurer
le meilleur chez eux
Certes a-t-il aussi impulsé le sens de la
discipline et de l’ordre dans son propre pays
Mais, Imana, pourquoi faut-il que l’homme se
voie comme omnipotent?
Dis-moi, Bwana, pourquoi faut-il qu’il croit
que sans lui, point de beau temps?
Comment se fait-il que, Nzambe, dans nos
contrées, le respect de la Loi fondamentale
Soit une valeur si peu normale?
N’est-ce pas, Allah, nous qui avons, par
nous-mêmes, défini la durée
Et le nombre de mandat de l’occupant du
palais?
Comment se fait-il, Nzambe, que l’on puisse
accorder aussi peu de crédit à sa parole
Et qu’en retour, l’on s’attende au respect
A la considération et à une exemplarité reconnue
par son peuple ?
Est-ce bien cela le Leadership, Bwana?
Dis-moi, Imana, par quel langage faut-il
parler à mon frère, avant qu’il ne soit trop tard.
Préserve-nous, Seigneur, d’un nombre croissant
de morts comme langage
Préserve-nous, Seigneur, d’un nombre croissant
de réfugiés comme langage
Ta sagesse, Seigneur
C’est là ma prière, Seigneur
Je sais que mon frère président a besoin de
moi.
Et, moi, j’ai besoin de Toi
Lui comme moi
Mes autres frères Africains comme moi
Avons surtout besoin de ton esprit de
discernement
Quand nous nous réveillerons avec
Que nous comprenions que nous nous laissons
divertir par des desseins vils
et de courte vue
Quand nous ouvrirons vraiment les yeux
Que nous appréciions mieux
Le temps que nous avons perdu
Et que nous risquons de continuer à perdre, pauvres incivils.
Ce temps qui nous sépare de notre passé et de
notre devenir.
Ou plutôt du mieux-être des générations à venir.
Mungu
akubariki (Dieu vous bénisse)!
