Tugiramahoro, frères et sœurs,
Après ce qu’il s’est passé au Burkina Faso et qui a été marqué par l’abandon
du pouvoir par le président Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014, les yeux des partisans
de la démocratie en Afrique étaient braqués sur un certain nombre de pays avec
l’espoir que le message des peuples soit compris par leurs dirigeants
respectifs.
Dans la liste des Etats africains francophones (ou anciennement
francophones) où une élection présidentielle était déjà – ou est encore – à
l’ordre du jour, pour les années 2015 et 2016 notamment, le Togo, la République
démocratique du Congo (RDC), le Rwanda mais aussi le Burundi. (Pour un regard
plus large sur les élections en Afrique mises en agenda, voir
http://www.jeuneafrique.com/43179/politique/carte-interactive-o-et-quand-se-tiennent-les-lections-de-2015-en-afrique/)Si, pour le Togo, il n’est pas encore inscrit une limitation de mandat dans la constitution, par contre, dans les trois derniers pays cités, le mandat de leurs chefs d’Etat respectifs est bien arrivé à terme. Du moins, pour la RDC et le Rwanda. Ici et là, l’enjeu actuel consiste dans le changement des textes, afin de permettre aux présidents en place de continuer à exercer le pouvoir. Pour le Burundi, la problématique se présente sous un aspect plus diffus, en termes d’interprétation des « Accords d’Arusha » signés le 28 août 2000, sous l’égide de Nelson Mandela, icône parmi les rares icônes dont l’Afrique peut s’enorgueillir (pour accéder au texte final desdits « Accords » http://icoaf.org/docs/Burundi/Accord_Arusha.pdf).
De l’esprit de la lettre
Disons-le d’emblée, nous ne sommes pas juriste, encore moins
spécialiste des Constitutions. Mais, pour avoir expérimenté de l’intérieur le cas survenu au Sénégal en 2011 (en
tant que Scout-médiateur puis, lors des deux tours de l’élection présidentielle
de 2012, en tant que superviseur des observateurs scouts, avec la Commission justice et paix du diocèse de
Dakar), où ce même problème d’interprétation
du texte constitutionnel a soulevé la rancœur autant entre les acteurs politiques,
d’une part, qu’entre le gouvernement et une forte frange du peuple, d’autre
part, nous mesurons pleinement la portée de l’expression « le sens des
mots ». Car, il est vrai, il s’agit, avant tout, de mots [et de signes]
agencés pour constituer une phrase. Et de phrases agencées pour former un texte,
la lettre. Un texte écrit par des
gens bien intentionnés que l’on se plaît bien d’appeler experts. On ne saurait douter de leur volonté d’avoir un texte compréhensible pour tous, dans un sens
le moins embrouilleur possible ; l’idée étant de décliner dans un même
esprit l’esprit qui aura inspiré la lettre (en commençant par le
préambule) et l’esprit à travers
lequel la lettre s’offre à
l’interprétation. En résumé, les mots ne sont pas seulement des signes calligraphiques ;
les mots restituent aussi une pensée, une intentionnalité.
Revenons au cas concret des « Accords d’Arusha pour la paix et la réconciliation au
Burundi » entrés en vigueur le 1er novembre 2001. C’est l’article
7 relatif au pouvoir exécutif qui
mentionne précisément la question des élections présidentielles et du mandat du
président de la république. Nous relèverons essentiellement ses alinéas 1a, 1c
et 3, en les reproduisant tel quel (la
lettre), dans un premier temps.
« Article 7 (Le pouvoir
exécutif )
1.
a) La Constitution
stipule qu’à l’exception de la toute première élection présidentielle, le
Président de la République est élu au suffrage universel direct, chaque
électeur ne pouvant voter que pour un seul candidat. Le Président de la
République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si la
majorité n’est pas obtenue au premier tour, un second tour est organisé dans
les 15 jours qui suivent.
b) (…)
c) Pour la
première élection, qui doit être tenue durant la période de transition, le
Président est élu indirectement ainsi qu’il est indiqué plus loin, au paragraphe
10 de l’Article 20.
2. (…)
3.
Il est élu pour un mandat de cinq
ans renouvelable une seule fois. Nul ne peut exercer plus de deux mandats
présidentiels. »
Promenons-nous maintenant dans les dédales
juridiques de l’interprétation du texte. En véritable profane,
répétons-le ! Néanmoins, afin d’atténuer les risques propres à
l’aventurier (nous pensons notamment à ces Subsahariens qui affrontent la
Méditerranée, mais c’est là un autre sujet !), nous nous limiterons à une
lecture naïve, simpliste mais compréhensible
dans l’esprit, du moins, nous l’espérons.
L’alinéa 1a souligne que « La Constitution stipule qu’à l’exception de la toute
première élection présidentielle, le Président de la République est élu
au suffrage universel direct (…). » De quelle « toute première
élection présidentielle » s’agit-il ? C’est l’alinéa c qui y répond : « Pour la
première élection, qui doit être tenue durant la période de transition
(…) ». A moins qu’une séquence de l’histoire et de la mémoire humaine (pas
seulement celle des Burundais) n’ait été effacée, la période de transition
s’est plutôt déroulée relativement comme prévue. Les 18 mois ont été gérés,
alternativement, entre le Major Pierre Buyoya et Domitien Ndayizeye (qui fut
son vice-président dans la première partie de la transition). Rappelons à
nouveau que les « Accords d’Arusha » sont entrés en viguer en
novembre 2001.
Après mille péripéties, tensions et
rebondissements aux soubassements militaro-ethniques, une élection
présidentielle a bien eu lieu au Burundi, le 19 août 2005. Nous ne parlons
surtout pas de transition. Une véritable élection présidentielle, à l’issue de
laquelle Pierre Nkurunziza du Conseil
national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD)
est élu président de la république et investi le 26 août de la même année.
2001, 2005. Pierre Buyoya, Domitien Ndayizeye. Fin de la transition. Car, à
partir de l’élection présidentielle d’août 2005, il ne s’agit plus de parler de
phase de transition. Et, l’alinéa 3 de cet article 7 nous dit ceci :
« Il est élu pour un mandat de cinq ans
renouvelable une seule fois. Nul ne peut exercer plus de deux mandats
présidentiels »
Certains se demandent si c’est la
présidentielle de 2005 qui constitue ou non la toute première élection
présidentielle. Que ce soit par oui
ou par non (laissons à la cour
constitutionnelle burundaise le plaisir de s’en occuper), en réalité, la
réponse importe peu. Tant qu’on admet qu’il s’est bien agi d’une
présidentielle! Et que cette élection est bien comprise dans le décompte des
mandats. Car, c’est là tout le sens à rechercher dans le groupe de mots "(…) à l’exception de la toute première élection présidentielle (…)".
Sur quoi porte l’exception ? Sur l’élection elle-même, comme le
soutiennent des voix partisanes, ou plutôt, sur le mode du scrutin « (…) le
Président de la République est élu au suffrage universel direct (…) » ?
Pour les souteneurs de la seconde ligne d’interprétation, la fin de la phrase
indique d’autant le lien avec la partie précédente (« (…) chaque électeur
ne pouvant voter que pour un seul candidat. »). Parce que, dans la phase
de transition, il y avait Pierre Buyoya et Domitien Ndayizeye. Et les Accords
définissaient qu’ils devaient exercer le pouvoir l’un après l’autre. Et, en
2005, l’élection présidentielle s’est bel et bien déroulée au suffrage
universel direct. Ce ne fut point le parlement qui a élu Pierre Nkurunziza,
encore moins un gentlement agreement qui serait issu des « Accords ». Car, l’alinéa 1c ne concernait que le contexte
d’avant cette élection de 2005 :
« Pour la première
élection, qui doit être tenue durant la période de transition, le Président
est élu indirectement ainsi qu’il est indiqué plus loin, au paragraphe 10 de
l’Article 20. »
Ainsi, de mon humble point de vue de profane,
c’est la peur – ou l’opportunisme – qui a poussé les membres de la cour constitutionnelle à déclarer
recevable la candidature du président sortant, et non un nombre de mandat non
atteint. Elu la première fois, en 2005, l’actuel président de la République
burundaise a été réélu en 2010 et termine ainsi son second mandat présidentiel
en 2015. Toute candidature de sa part constitue une entorse à la lettre et à l’esprit des « Accords
d’Arusha ». C’est comme si Pierre Buyoya ou Domitien Ndayizeye
manifestaient une candidature en 2005, sous le prétexte que le texte, la lettre, n’avait pas clairement
stipulé leur sortie du jeu électoral pour favoriser une nouvelle dynamique de
démocratie et de paix dans le pays, l’esprit
de la lettre. A ce jeu, toute interprétation devient permise.
Une telle perspective ne fait que remettre en
cause le nouvel élan envisagé au travers de l’Ibanga (secret et sens de la
responsabilité), de l’Ubupfasoni (dignité ou respect d’autrui et de soi-même).
Comment appréhender l’Ubuntu
(humanisme
et personnalité) quand le chef n’a pas le respect de la parole donnée (ce dont témoigne toute candidature se fondant sur la constitution à honorer dans
son esprit et dans la lettre) ? C’est proprement anti-africain que de ne
pas avoir de parole ou ne pas honorer celle-ci.
Le peuple ne pouvant se
remettre à Dieu et attendre le salut existentiel, il est nécessaire d'agir. Mais, en gardant la
démocratie et la paix comme fil rouge.
Du rôle des acteurs
A ce niveau, chers frères et sœurs Africains
du Burundi, nous allons directement partager quelques idées qui nous semblent
exploitables dans le contexte actuel. Parce qu’au moment où s’écrivent ces
lignes, le camp du pouvoir refuse de retirer la candidature du président actuel
et n’envisage pas le report des élections communales et législatives, tel que
proposé par le Facilitateur désigné
par l’Organisation des Nations-Unies (ONU), encore moins la présidentielle de
Juillet 2015. Mais, pouvait-on s'attendre à autre chose? Pour bien négocier, il faut jauger les forces en présence; et, pour l'heure, c'est le camp du pouvoir qui tient le bâton, la carotte... et la montre. Mais, pas le temps et l'à venir!
De qui faut-il tenir compte pour une sortie
de crise ? Les tensions actuelles concernent et intéressent plusieurs
parties prenantes. Quels rapports ou que faut-il attendre de chacune
d’elles ?
Le président P. Nkurunziza constitue le
problème, de par sa candidature. Cependant, comme je le disais à un ami
Burundais, il fait partie de la solution. Aucune solution intelligente ne
saurait prospérer sans lui. L’approche prospective voudrait donc que des
scénarios de sortie de crise soient élaborés, en tenant compte de lui, comme hypothèse récurrente.
Scénario 1 : Laisser-faire (Business as
usual). Faut-il le laisser participer à la prochaine présidentielle dès
l’instant où, légalement vôtre ! l’autorité validante a validé sa
candidature ? Tout le monde a suivi la fuite du pays d’un membre de cette
institution ; ce n’était certainement pas pour raisons médicales.
Comptant le nombre de morts depuis ces 6 derniers mois, les acteurs peuvent
choisir de céder et d’essayer de marquer clairement leurs positions lors du
scrutin de Juillet 2015. Mais, ce qui s’est passé au Sénégal avec la
candidature jugée de trop de Abdoulaye Wade, en son temps, n’est pas
nécessairement transposable partout, en Afrique. Un peuple est censé être matûre et doit
savoir se déterminer en choisissant celui à qui il confie les rènes du pouvoir.
C’est dans l’esprit ! Parce que, dans les faits, il faudrait beaucoup plus
que des intentions et de la bonne volonté pour pouvoir participer effectivement et massivement à une élection, puis la surveiller jusqu’à la publication
des résultats. Quel crédit accorder alors aux organisateurs ? Qui pour rassurer le peuple quant à la
transparence du processus, d'un bout à l’autre ? Quand des questions de
majorité ou de minorité ethnique s’en mêlent, y compris au sein des casernes, il
y a de quoi s’asseoir autour de la table pour étudier chaque aspect de la
problématique.
En prenant en charge ces questions largement ouvertes, certainement que le scenario 1
pourrait être envisageable. Mais, il ne conviendra pas à tout le monde, c'est sûr.
Scénario 2 : Une alternative de moyenne portée ? Comme nombre de ses pairs chefs d’Etat, Nkurunziza dit aussi
qu’il a du travail à achever. Faut-il lui accorder 2 ou 3 autres années, sous
forme de prorogation exceptionnelle du mandat actuel (à voter par le
parlement), afin qu’il réalise ses derniers projets ? Si l’on se veut
lucidement naïf, on peut croire que l’enjeu pour lui est à ce niveau. Mais, il
n’est pas bien difficile de comprendre qu’il ne s’agit pas simplement de
marquer une empreinte de bâtisseur dans l’histoire du Burundi. Pierre Nkurunziza
a-t-il des casserolles qu’il n’a pas eu le temps de mettre en ordre ?
A-t-il des vélléités de dictateur imbu de son pouvoir et convaincu d’être l’élu ? Ou est-il simplement pris en
otage par son entourage, au point de ne pouvoir prendre du recul par rapport aux décisions qui lui sont prêtées ? En tous les cas, le va-t-en guerre n’est
jamais loin qui dirige un pays où le nombre de morts s’accroit et où certains
de ses proches collaborateurs tentent de lui arracher le pouvoir ou alors de
fuir le pays. La situation actuelle comporte non seulement des risques
sécuritaires pour les citoyens mais, indirectement, c’est l’économie qui va en
pâtir pour de très longues années encore; ce qui justifierait encore un rôle à jouer de sa part, pour redresser la
barque. Un autre aspect des plus pernicieux se trouve dans le réveil des
passions ethniques. Comme si cela a, ne serait-ce qu’une fois et dans un
quelconque pays, montré des avantages durables.
Pour ce scénario 2 aussi, il faut
nécessairement se mettre autour de la table et dresser un plan-programme pour
cette transition. Comment éviter que le président actuel assume plus de pouvoirs que de nécessaire ? Quel rôle de la part du parlement ? Quelle
surveillance de la part de la communauté internationale ? Et, surtout, qui
organisera la prochaine présidentielle ? Le dernier aspect à prendre en
compte, ici, est de savoir où ira et que deviendra le président actuel. Le
peuple a son mot à dire, à travers le parlement et au travers de larges
consultations avec la Société civile. La communauté internationale peut
également accompagner cette recherche de porte
de sortie (et nous savons qu’elle le fait déjà). Mais, c’est surtout, lui,
PN, qui sait ce qui est mieux pour lui et ses proches : c’est à lui de se
déterminer auprès de la communauté internationale, pour que celle-ci intègre
cet aspect dans la facilitation en cours. Espérons juste qu'il ne commettra pas la même erreur qu'un certain Laurent GBagbo, qui n'avait pas su saisir la balle au rebond, "encadré" qu'il était par des conseillers spirituels dont l'obédience est fort présente en Afrique du Centre et de l'Est.
Mais, s’il faut parler de phase transitoire,
il faut dès à présent envisager le futur, à moyen-long terme. Notre Burundi de
demain (Uburundi bwejo) !
Scénario 3 : Un Burundi sans P.
Nkurunziza. Scénario radical, s’il en est. Faut-il, comme observé dans d’autres
pays (le cas du Burkina Faso est le plus récent), remettre en cause toutes les
institutions du pays, en commençant par le président de la république ?
Faut-il, d’ores et déjà, envisager la non acceptation des résultats qui seront
issus de la présidentielle de juillet 2015 (si elle a lieu !) ? Le
boycott des élections municipales et législatives du 29 juin 2015 (pouvait-il
en être autrement, dans la mesure où le pouvoir ne veut pas faire aveu de
faiblesse et doit profiter des tergiversations à l’international pour marquer son territoire) augure déjà une
non participation d’une partie du peuple (pour ne pas engager toute
l’opposition) à la prochaine présidentielle. Même si c’est là un dessein
envisagé par le pouvoir en place, ce cas de figure ne comporte que des dangers
qui pourraient se traduire par une autre période d’instabilité, avec d’autres
morts, éventuellement.
Plus que pour les précédents scénarios,
celui-ci engage plus radicalement et plus subitement
le basculement vers un futur plus qu’incertain. Les rapports de force seraient le
seul paramètre décisionnel, jusqu’à concurrence de la rupture économique du pays
et d’un nombre exponentiel de refugiés chez les voisins du Burundi. Chacun
accueillant la composante ethnique qui lui est la plus proche, historiquement, et
pour de nouvelles alliances destabilisantes, à l’échelle de la sous-région.
Le scénario 3 est celui du chaos prévisible.
La démocratie et la paix (stabilité) ne sauraient le cautionner. Par contre,
garder ce scénario à l’esprit devrait permettre de mieux s’éloigner des germes
du chaos. Mais, cela concerne tout le monde : l’Union africaine, la
communauté internationale, le régime en place, le peuple de l’intérieur comme
les Burundais de l’extérieur.
De la diaspora burundaise ou la dynamique « Uburundi bwejo »
Nous la savons plus que mobilisée. De la
Suisse, où cette lettre est rédigée, nous suivons pas à pas les différentes
manifestations qu’elle organise pour sensibiliser, alerter mais aussi pour
lever des fonds à envoyer « au pays » dans le but de soutenir le
peuple dans cette période difficile. Si, en Suisse, beaucoup de manifestations
se passent à Genève, devant le palais des Nations-unies, dans d’autres pays
occidentaux, les cadres symboliques comme la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye (Pays-Bas) voient
beaucoup de Burundais et des sympathisants défiler avec slogans scandés et banderoles
étendus.
Toutefois, malgré la peur qui l’habite de
voir le pays basculer à nouveau dans des tensions ethniques inextricables – qui
risquent de rejaillir dans les relations entre Burundais de l'extérieur, la
diaspora burundaise ne semble pas encore avoir une approche claire et cohérente
pour aborder la problématique. Beaucoup de rencontres, beaucoup de discussions,
une présence sur les réseaux sociaux… Et aussi, beaucoup de coups de fil au pays
pour se tenir informée. Mais, au total, la ligne directrice de son action n’est
pas encore bien déterminée. C’est que, mes frères et sœurs de la diaspora, vous
comptez quelque peu trop sur les Nations-unies et leurs émissaires (Médiateur,
Facilitateur et, prochainement Observateurs ou autres). C’est mon humble avis. L’ONU a un rôle à jouer et elle s’efforce
de le jouer. Cependant, compte tenu du fait que, avant et après cette
situation, ce sont les Burundais qui auront à s’occuper de leur pays (bien sûr, avec l'aide extérieure), il est
nécessaire que les filles et fils du Burundi, où qu’ils soient, s’impliquent
dans la recherche de solutions. Envoyer de l’argent au pays, rien de plus
noble. Mais, pendant combien de temps encore pourrez-vous agir ainsi ?
Sachant toutes les difficultés qu’il y a à gagner de l’argent en Occident
(malgré ce qu'en pensent certains de nos frères et sœurs africains), est-il
réaliste de seulement espérer que le
régime en place soit raisonnable, ou que l’ONU trouve la solution ? (parce que, du côté de la sous-région, Ponce pilate a aussi ses disciples, et au niveau de l'Union Africaine, oups, les micros sont éteints, en panne, faute de budget!).
Nous restons convaincus que chacun peut jouer
sa partition pour une sortie de crise, l’essentiel étant de chercher une
cohérence d’ensemble, une harmonie. Dans cette optique, voici quelques idées
qui nous ont traversé l’esprit.
- Pourquoi ne pas, dès à présent et comme l'envisageait les "Accords d'Arusha", amorcer une réflexion portant sur la manière d'éradiquer les références communautaires (identitaires) dans l'espace public burundais? Si une des racines du mal se trouve dans le repli identitaire que perpétue la mémoire (négative), l'histoire de l'humanité et l'histoire singulière d'un pays voisin ont montré que entretenir la rancoeur à travers des tensions culturelles, c'est, insidieusement, vendre aux générations suivantes un héritage non nécessaire mais qu'elles seraient tenues de revendiquer pour ne pas trahir l'histoire. Il faut nécessairement que les acteurs du présent proposent une trajectoire d'avenir qui soit porteuse d'espoir et d'épanouissement.
Pour avoir vécu à l'intérieur puis à l'extérieur, pour avoir expérimenté d'autres perspectives, pour avoir mesuré les avantages de la stabilité pour chacun et, surtout, pour les enfants burundais qui vivent avec vous dans des contextes où toutes les chances leur sont offertes pour s'épanouir, bon gré mal gré, nous postulons que la diaspora burundaise porte aussi les mêmes ambitions pour les frères, soeurs et enfants restés au pays. Nous en sommes convaincus.
Les intellectuels et technocrates burundais sont nombreux qui, de l'intérieur comme de l'extérieur, peuvent jouer un rôle dans cet effort de reconstruction de l'identité burundaise (même si, comme partout ailleurs, certains d'entre eux ont déjà vendu leur âme au diable). Et, en rapport avec la société civile et les partenaires et amis du pays, ils peuvent assurer un portage intelligent et planifié de cette dynamique de transformation de l'être burundais.
Il ne s'agit pas de recréer la roue ; les crises identitaires n'ont pas commencé au Burundi. Il suffit juste de regarder autour de soi et essayer de valoriser les bonnes pratiques observées chez les voisins. Avec la mesure burundaise.
- Nous savons que, sur les réseaux sociaux, la diaspora burundaise est très présente. Pourquoi ne pas élargir cette démarche, dans une perspective qui consisterait dans la mise en place d’un site Web plus élaboré et plus intégré (principe de convergence). Celui-ci devrait s’offrir comme plateforme où transite un grand nombre d’informations et de données, selon ce qui intéresse les Burundais de l’intérieur et de l’extérieur, ainsi que tous les autres acteurs de cette crise, parmi lesquels le régime en place.
- A côté de l'information en continu, une des rubriques de la plateforme consisterait dans le listing des acteurs politiques jouant un rôle dans cette crise. Il s’agirait de lister, du côté du pouvoir tout comme du côté de l’opposition, tous ceux qui, par des propos, par des actes ou simplement par des attitudes (refus de s’exprimer, par exemple) influent ou peuvent influer sur l’évolution de la crise.
- Pour chaque personne inscrite sur cette liste, l’actualisation des informations recueillies permettrait de la classer selon les feux vert (partisan du peuple), jaune (posture inquiétante ou trouble) ou rouge (opposé au peuple).
- Le but serait de mettre la pression sur les acteurs politiques (d’un camp comme de l’autre) afin de les alerter sur les enjeux du Burundi de demain (Uburundi bwejo). La question serait la suivante : sur qui le Burundi de demain peut-il compter ? Ou, de façon plus prosaïque, qui veut faire partie de la dynamique du Burundi de demain ?
En plus de mettre la pression sur les acteurs
politiques, une telle démarche peut également renforcer l’étau autour des
proches du président, sachant que, après tout, il s’agit de leur participation
individuelle au projet Uburundi bwejo
qui est en jeu. Pour l’heure, chacun peut revendiquer une proximité d’avec le
président en place mais, si celui-ci devait quitter le pouvoir, il n’est pas
dit qu’ils trouveraient tous de la place dans ses valises.
Par ailleurs, c’est là aussi l’occasion pour
la diaspora burundaise de travailler davantage avec les journalistes restés au
pays. Etant donné les difficultés actuelles de la Presse burundaise, les
journalistes pourraient, comme dans toute démocratie, continuer à jouer un rôle majeur en relatant les faits et discours (textes, vidéos, sons) des parties prenantes
de cette crise, avec les moyens du bord.
Toutes ces informations pourraient se retrouver sur la plateforme, page
quasi-éternelle qui ne disparaitrait que par piratage ou haut-faits de gens
mal-intentionnés.
La société civile burundaise devrait
également jouer un rôle majeur dans cette perspective. Elle a déjà énormément d’expériences
qui pourraient être bénéfiques pour aujourd’hui comme pour demain. Encore doit-elle
relever le défi de la manipulation multiforme possible.
C’est là aussi l’occasion de collaborer avec
les institutions internationales et les pays amis du Burundi. Tous les acteurs
listés (pour ne pas dire fichés)
seraient « suivis » dans leurs rapports avec les structures financières étrangères (banques, courtiers, etc.),
afin de s’assurer qu’il n’y a pas de pratiques de spoliation ou d'évasion des ressources du
pays. Pour ce faire, il faudra tout de même présenter des "garanties de non
réglements de compte". Car, Uburundi bwejo
ne doit pas présenter un visage de vendetta.
A notre avis, rien que de voir son nom en jaune ou en rouge devrait suffire à
se remettre en question, à tendre à se racheter.
Dès lors, le challenge pour la diaspora
consisterait à commencer par définir les critères pour cadrer le vert, le jaune et le rouge. L’arbitraire n’a jamais réglé un problème. Il ne fait que
reporter la survenue du problème suivant. Et c’est en cela que, même du côté de la diaspora burundaise, une chutte dans la liste ne doit pas être
exclue. Il ne faut pas s’y tromper, toute la diaspora ne parle pas le même
langage.
Et, permettez-nous cette précision: quand nous parlons de diaspora en tant qu'acteur, nous postulons de facto qu'elle peut jouer un rôle de médiateur dans la crise observée au pays et qui l'affecte au premier degré ("il arrive des moments où, croiser les bras, c'est se laisser mourir soi-même"). Notre évocation ne concerne certainement pas les politiques (membres de l'opposition ou partisans du régime) qui vivent hors du pays. Nous considérons que, sans vraiment écarter ces politiques, la diaspora non politique peut offrir des perspectives non biaisées par des intérêts autres que le destin du pays et de la population burundaise. Encore faudrait-il qu'elle se structure (organisation et responsabilisation objective) et, chose des plus difficiles, qu'elle transcende le débat et les postures passionnels, identitaires. Et que, par la suite, les mandataires fassent l'effort de prendre langue avec les acteurs de tous bords qui sont au pays, car ce n'est pas en se lançant des flèches sur les chaines de télévision françaises que l'on contribuera à trouver une solution heureuse POUR TOUS (l'esprit de majorité).
Et, permettez-nous cette précision: quand nous parlons de diaspora en tant qu'acteur, nous postulons de facto qu'elle peut jouer un rôle de médiateur dans la crise observée au pays et qui l'affecte au premier degré ("il arrive des moments où, croiser les bras, c'est se laisser mourir soi-même"). Notre évocation ne concerne certainement pas les politiques (membres de l'opposition ou partisans du régime) qui vivent hors du pays. Nous considérons que, sans vraiment écarter ces politiques, la diaspora non politique peut offrir des perspectives non biaisées par des intérêts autres que le destin du pays et de la population burundaise. Encore faudrait-il qu'elle se structure (organisation et responsabilisation objective) et, chose des plus difficiles, qu'elle transcende le débat et les postures passionnels, identitaires. Et que, par la suite, les mandataires fassent l'effort de prendre langue avec les acteurs de tous bords qui sont au pays, car ce n'est pas en se lançant des flèches sur les chaines de télévision françaises que l'on contribuera à trouver une solution heureuse POUR TOUS (l'esprit de majorité).
L’heure est à l’agenda du futur, les
Burundais devraient savoir avec qui compter.
Musigare amahoro (Paix sur
vous) !
