mercredi 5 janvier 2011

L'Afrique et ses Etats... d'âme. Chauvinisme, opportunisme, démission, révolution: quel choix pour les élites africaines?

L'eau n'a pas encore fini de couler sous le pont - loin s'en faut - et le déluge n'est pas à exclure dans ce que l'on a appelé la crise ivoirienne. A ce jour, il n'y a pas un seul acteur politique, économique, financier et de la communication, Africain ou pas, de dimension internationale ou moindre, et ayant quelques accointances avec l'Afrique, qui ne prête attention ou ne s'immisce dans ce qui aurait pu n'être qu'une affaire NATIONALE, si tant est que le concept de
RENAISSANCE AFRICAINE est véritablement un paradigme, une ambition qui mobilise et fait battre le coeur des Africains friands d'un avenir meilleur.

Dès le lendemain de la double proclamation de résultats, l'on a entendu l'ONU, l'Union Européenne, ensuite l'Union Africaine et la CEDEAO réagir pour marquer leurs positions confortées par la "validation" des résultats opérée par l'ONUCI. Du côté des Ivoiriens, l'on a également entendu les deux camps qui, en se radicalisant, n'ont fait que conforter les observateurs réalistes quant aux grondements de volcan que d'aucuns voulaient prendre pour une répétition d'une troupe de batteurs de Tam-tam qui préparait les réjouissances post-électorales.

Pendant ce temps, où est la Société civile ivoirienne? Que fait le peuple ivoirien en dehors de couper pour Charles Blé Goudé ou de décaler avec Guillaume Soro? Ils attendaient de voir ce que la poitrine bombée de l'Occident allait donner en termes de pressions sur Gbagbo, me dirait-on. Mais, adopter cette posture, c'est, encore une fois, confier son destin à quelqu'un d'autre... Et, à mon avis, c'est là que la fuite de responsabilité des Africains revient comme un chant funeste, car elle mène, de façon certaine, au purgatoire.

Il aurait juste fallu que, 5mn après les résultats du Conseil Constitutionnel, chaque Ivoirien sortît pour défendre son vote. A l'image de la Révolution Orange en Ukraine, le peuple Ivoirien avaient ici l'opportunité de montrer à la face du monde que c'est lui qui choisit et il a choisi./

En laissant le micro à l'Occident et aux ombres africaines, le citoyen Ivoirien n'a fait que demander aux protagonistes d'opérer un bras de fer à l'issue politiquement fatale pour l'un ou l'autre, voire même pour l'entourage de l'un et le bras armé de l'autre. Chaque Ivoirien aurait pu se demander: "à quoi aura servi mon vote, après dix ans de faux-jeu?"

De nombreux intellectuels africains se sont exprimés en défendant qui, la démocratie - et donc s'affichent pour le départ non négociable de Gbagbo - qui, la nécessité de refuser l'ingérence et l'impérialisme des "étrangers" (vocable largement usité par le camp Gbagbo à des fins de propagande) qui souhaiteraient le déloger par la force (pression internationale, asphixie économique, humiliation diplomatique ou force militaire) comme aux temps du colonialisme ou pendant les années d'indépendance, voire même avec la Françafricaine... Pour donc ces raisons identitaires, ceux-ci défendent Gbagbo, contre le choix des Ivoiriens. Une autre catégorie d'intellectuels africains reste, quant à elle, sur les valeurs et, tout en refusant quelque ingérence de quelque nature, rappelle quand même les principes démocratiques et demande alors aux Ivoiriens de régler eux-mêmes la question.

Dans le fond, il n'y a pas d'autres issues à cette crise qui se joue sur le terrain de la manipulation des médias et du jusqu'au-boutisme. Car, en réalité c'est le camp de Gbagbo qui joue à se faire peur et qui profite, tant des erreurs communicationnelles des "Etrangers" (cf menaces et ultimatum de Sarkozy) que de l'absence de charisme de Ouattara qui a préféré mettre au devant Guillaume Soro quand celui-ci est honni par tout ce qui est loin du Nord.

Du fait de la menace de représailles sur les citoyens de la CEDEAO présents en Côte d'Ivoire et, ayant compris qu'en fait, en dehors du Nigeria, aucun autre Etat de la sous-région n'a les reins suffisamment solides pour s'aventurer dans les caniveaux d'Abidjan (et, heureusement ou malheureusement, le Nigeria a une hémorragie interne à gérer sur fond de clivage religieux), le camp Gbagbo oriente volontairement le débat sur le côté militaire et la nécessité de défendre la nation. Tous les Généraux dernièrement nommés par Gbagbo ont juré de se lancer corps et âme dans le champ de bataille mais, dans le même temps, ils sont tous en train de "préparer leur futur".

La France attend une petite égratignure sur un de ses citoyens pour orienter la Licorne et Badgader Abidjan. Cela, Gbagbo-le-boulanger, qui n'est pas Sadam Hussein, l'a bien compris et Blé Goudé tient ses troupes... Au besoin, les Ouest-africains de la Côte d'Ivoire feront les frais de la rancoeur contre Chirac et alliés.

Africains de Côte d'ivoire ou Ivoiriens-qui-voyez-bien, réveillez-vous! Vous êtes seuls face à votre destin. Au meilleur des cas, vous en aurez encore pour deux années de palabres avant que la roulette russe n'arrête son tour devant la RTI. En attendant, si chacun vote pour sa Côte d'Ivoire, il est clair que vous n'aurez plus un seul pays. Ceux qui sont éloignés de la côte se débaptiseront pour le malheur, encore une fois, de l'Afrique. Et l'on dira que c'est la main de l'étranger...

C'est parce que cette main étrangère aura simplement trouvé un Kedjenou (un excellent plat ivoirien) sans preneur...

Il est vrai que Bédié a amené la peste (Ivoirité). Il est également vrai que "le garçon", GBagbo, est loin du coeur de ses compatriotes mais se nourrit de leurs inquiétudes et compte sur le zèle des opportunistes ainsi que des jusqu'au-boutistes-que-la-CPI-attend-au-carrefour. Seulement, il est encore plus vrai que Ouattara, en plus de manquer de charisme et de ne pas avoir le sens de la real politique comme GBagbo, est loin d'être le chouchou des Ivoiriens et, à travers ses accointances avec les rebelles, n'a fait que confirmer que la France, depuis Chirac, n'a jamais été loin de Soro et alliés. Et, cette réalité refroidit les vélléités de soutien interne, en plus de semer le doute quant à ses capacités propres à gérer ce pays de façon "intra-muros".

Au risque de froisser ses partenaires, le démocratiquement-élu devra prosaïquement convaincre ses compatriotes... même loin du Palais. L'arme financière, plutôt que de servir à exercer une pression sur un homme, devra, avec juste une signature à la fin du mois, rassurer tout un peuple. Qui a intérêt à se mettre le peuple à dos? Certainement pas le "garçon"!