jeudi 23 juin 2011

LETTRE AUX AFRICAINS (Suite)

3- La Renaissance Africaine

a. Le réveil matinal

Avec conviction, nous considérons la Renaissance Africaine comme un paradigme à partir duquel une vision du monde, des orientations majeures, des choix stratégiques, aux plans économique, social, culturel et écologique, doivent se dégager et s’instiller au plus profond de l’homo africanus, dans quelque partie du monde qu’il soit, dans et hors du continent.

Ce début du 21e siècle, ces années 2010 et 2011, constituent un tournant extraordinaire pour le monde entier. Certes. Cependant, le monde arabe et l’Afrique subsaharienne auront vécu des expériences si particulières que leur caractère plus ou moins surprenant et engageant invite à un temps de réflexion, tant au niveau collectif que chez chaque fils et fille de ces espaces géographiques, quel que soit son âge.

Toutes les perturbations politiques qui se vivent présentement dans le continent, qu’elles soient déjà manifestes ou latentes, qu’elles soient d’envergure ou timides, reflètent un ras-le-bol que les politiques – tout comme les manuels de sciences-po – n’ont pas su décrypter pour corriger la démarche suffisamment à temps.

A la clameur des ventres vides (cf les grèves de la faim), aux coupures d’électricité et autres plaintes des populations noyées dans les inondations, ou à cette jeunesse à l’avenir incertain, faute d’emploi et de perspectives de création d’opportunités économiques, nos diplômés en politique ne font que proposer des arrestations de journalistes, des répressions de manifestants, des modifications abusives de Loi fondamentale, des transferts de fonds à l’étranger, un climat de corruption et d’impunité, des ventes de milliers d’hectares de terres favorisées par des régimes fonciers volontairement maintenus dans l’opacité… D’aucuns poussent même le bouchon de la mesquinerie en couvrant leurs démarches du voile du discours pro Gender que les partenaires au développement et les femmes gobent à tout-va pour, en retour, leur décerner des prix spéciaux de « Leaders avant-gardistes », voire des voix de plus à la prochaine élection.

Au regard des phénomènes d’impunité notés dans de nombreux pays africains – heureusement que le Ghana, le Cap Vert, le Botswana et quelques rares pays du continent aident à relever la tête et à véritablement comprendre que « c’est possible ! », pour ne pas dire « Yes, we can ! », sachant le rôle et le poids des femmes dans tout ce qui se joue comme processus politique menant à des choix électifs, nous postulons que le réveil du continent se joue à deux niveaux ou, disons-le clairement, appartient à deux acteurs de catégories non identiques : les femmes et les magistrats.

Les premières sont partout et tout le monde a besoin d’elles. Elles mobilisent, elles animent, elles décorent, elles soutiennent, elles applaudissent… mais sont peu valorisées au-delà des interactions ponctuelles, des yard de tissus, des kilogrammes de céréales et autres billets d'argent offerts pour le transport. Pour l’arrêt des mauvaises pratiques, pour l’inculcation de valeurs, surtout dans les milieux politiques, pour une équité effective et une implication sincère et rationnelle de toutes les composantes d’une société, nos mères et nos sœurs gagneraient à se réveiller et à réveiller tous les opportunistes et manipulateurs qui ne cessent de leur jeter des os à ronger – à court terme – contre des mets à déguster le plus longtemps possible. Elles valent largement plus que cela et tout le monde gagnerait à composer avec la frange la plus nombreuse de nos sociétés.

Du côté du pouvoir judiciaire, c’est la probité intellectuelle, le sens de l’éthique et de la… justice qui, à notre sens, devrait constituer les garde-fous pour accompagner tout magistrat dans sa mission. Il est vrai que dans de nombreux pays, la distance entre l’Exécutif et le Judiciaire n’est pas réellement observée au-delà du texte, surtout quand le chef de l’Exécutif est également décideur au sein de l'instance suprême de la Magistrature – d’où les nominations et affectations sélectives et subjectives. Au demeurant, il est indéniable que la fonction judiciaire est tout aussi importante pour l’équilibre d’un Etat, et qu’elle est, dans bien des cas, institutionnellement établie et garantie par les Constitutions et autres Lois organiques dont sont dotés nos Etats.

Dès lors, il n’y a aucune raison objective qui pousse le magistrat à se soumettre au diktat de l’Exécutif. L’Exécutif le sait mais se joue de l’avidité et de la cupidité du jeune magistrat pressé de montrer qu’il est « devenu quelqu’un », tout comme il se joue aussi du sentiment d’inquiétude – bien entretenu – qui habite le vieux magistrat qui s’apprête à prendre sa retraite mais note que son compte bancaire n’est pas fourni, qu’il habite encore en location ou que ses nombreux enfants sont toujours au lycée…

L’avenir de l’Afrique, surtout par rapport au poids de la politique dans nos sociétés, appartient aux femmes - toujours les premières à se réveiller - et aux magistrats, notamment les juges - qui prononcent toujours le dernier mot. Il faut véritablement une RENAISSANCE AFRICAINE.

lundi 30 mai 2011

LETTRE AUX AFRICAINS (Suite)

2- Le culte du raccourci

b. Références et pratiques économiques (explosion des chambres ésotériques et autres « sources de lumière »)


Ces dix dernières années, de nombreux articles de presse ainsi que des publications bien documentées ont mis en lumière ce que beaucoup parmi nous n’osaient interroger, de peur d’en connaître davantage. En plus de la pudeur qui se mêlait à la curiosité et l’attirance que suscite tout mystère, le poids de la religion empêchait certains de s’intéresser de trop près à l’ésotérisme et de tout ce qui lui ressemble…

C’est justement ce mystère et la puissance qui lui est prêtée qui attirent certains avides de pouvoir (financier, politique…) et qui préfèrent arpenter les raccourcis.

Si au début des années d’indépendance, les Africains membres de ces chambres se cachaient, en ce début du 21e siècle, il en est de moins en moins le cas. Quand l’on voit une « investiture » comme celle du Président Gabonais sur Internet, quand la Presse en fait ses choux gras (cf enquête de Vincent Hugeux et de François Koch publiée dans L'Express en Avril 2008 et intitulée "Francs-maçons : l'Afrique aux premières loges" ou encore cet article du Matin [Sénégal] repris par rewmi http://www.rewmi.com/Il-y-a-200-francs-macons-actifs-au-Senegal-Officiel-_a48.html) et que, finalement, certaines loges optent pour « une meilleure communication », l’on se dit qu’il y a une volonté d’aller à la pêche aux nouveaux adhérents, en jetant déjà l’hameçon du côté des jeunes diplômés futurs cadres. Mais s'il y a une offre, c'est qu'il y a une demande...

Bien souvent, l’on a tendance à pointer du doigt des chefs d’Etats Africains comme « fils de lumière », mais le chiffre « 200 » avancé dans cet article (pour le cas du Sénégal) nous montre qu’il n’y a pas que des chefs d’Etat et/ou de gouvernements. Qu’ils soient des décideurs politiques ou du secteur privé, des Avocats ou des magistrats, des Artistes de renom ou des Médecins, des professeurs d’université ou des Etudiants, le maillage par rapport aux instances décisionnelles est certainement bien étudié qui fait que les « candidats » sont bien encadrés dans leur cheminement et pour le rayonnement contrôlé d’une « lumière » jusqu’ici tamisée.

L’enquête de « l’Express » nous montre que les décisions politiques en Afrique (mais pas seulement) ne sont pas forcément celles de nos Elus ; et nos Elus ne sont pas toujours « nos candidats ».

Retour à la case départ : la « conférence des nigauds » continuera… jusqu’à une réelle Renaissance Africaine.

vendredi 29 avril 2011

LETTRE AUX AFRICAINS (Suite)

2- Le culte du raccourci

a. Critères de réussite

Quoi de plus avilissant pour un intellectuel, c’est-à-dire celui qui a simplement « le sens de la contradiction » - qu’il soit scolarisé ou pas – que de noter que le monde autour de lui ne tourne plus dans le même sens, que les régulateurs sociaux, ainsi que les fondamentaux sur lesquels il se basait jusqu’ici, sont déréglés et dénaturés.

M’en limitant au contexte africain, j’évoque ici les nombreuses plaintes que les personnes âgées ne cessent d’émettre au regard de la dépravation des mœurs et des violences physiques et verbales qui, progressivement, gangrènent nos sociétés.

C’est comme qui dirait que le fait, par les médias, de relater certains faits dans leurs rubriques « Société », constitue une émulation, une incitation à expérimenter, chacun de son côté, le prohibé, le moralement-inacceptable…

Quand ces mêmes médias, en tant qu’outil, servent à « rendre populaire » - ce qui ne constituait une exception acquise qu’au soir d’une vie de droiture et d’engagement total, dans une société africaine imbue de ses valeurs de communautarisme et de solidarité dans la pudeur et le sens de la retenue – et à relayer des images et des personnages aussi artificiels et dangereux, il y a alors de quoi s’inquiéter eu égard aux grilles de lecture disponibles dans le conscient collectif et chez chaque individu en devenir (nous pensons surtout à la jeunesse).

Loin de nous l’idée de dévaloriser la culture dans son sens noble et premier. Loin de nous l’idée de considérer le chant ou la danse comme non artistique, non culturel. Toutefois, quand l’image restituée par les médias nous renvoie des obscénités à longueur d’ondes (chansons aux paroles dénuées de toute valeur symbolique, historique, culturelle) et d’images (clips hors contextes, comportements scéniques inappropriés…), nous avons finalement envie de demander aux artistes chanteurs (non musiciens) et aux danseurs de penser à la composition du public qui observe et qui espère des moments agréables.

Dans les deux Congo, au Sénégal, au Mali comme dans bien d’autres nations africaines, les laudateurs ont tellement occupé l’espace artistique que leurs accointances avec les politiques commencent à agacer. Pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, les produits créés pour la gloire d’un tel ou d’un tel, les spectacles donnés sur financement d’un « parrain », vont de plus en plus être boycottés par le public, et les porteurs de ces initiatives risqueront des passages sous vide plus ou moins durables, en fonction du degré d’assujettissement qui serait le leur.

Ces faux modèles de réussite (car ces artistes reçoivent, pour la plupart, de gros paquets d’argent, comme on en voit au Sénégal, en période pré-électorale) conduisent des voitures de luxe, s’arrangent pour obtenir des appartements dans des quartiers huppés et s’habillent en vrai tape-à-l’œil… Ils n’ont pas le choix, il leur faut prouver qu’ils ont fait le bon choix...

Et là réside toute la problématique de l’image restituée ainsi que son impact sur l’individu en devenir et, plus largement, sur la société… en suspension !

En effet, faut-il, comme ces parvenus le font si tristement, se dire que « le chien aboie, la caravane passe » ? Autrement dit, « ils jasent, mais ils m’envient aussi ». Ou alors, faut-il, sur la base d’une moralité élevée, rejeter tout ce qui ne « cadre pas avec la morale sociale », tout ce qui conduit au succès éphémère voire à la perte des valeurs ?

mercredi 5 janvier 2011

L'Afrique et ses Etats... d'âme. Chauvinisme, opportunisme, démission, révolution: quel choix pour les élites africaines?

L'eau n'a pas encore fini de couler sous le pont - loin s'en faut - et le déluge n'est pas à exclure dans ce que l'on a appelé la crise ivoirienne. A ce jour, il n'y a pas un seul acteur politique, économique, financier et de la communication, Africain ou pas, de dimension internationale ou moindre, et ayant quelques accointances avec l'Afrique, qui ne prête attention ou ne s'immisce dans ce qui aurait pu n'être qu'une affaire NATIONALE, si tant est que le concept de
RENAISSANCE AFRICAINE est véritablement un paradigme, une ambition qui mobilise et fait battre le coeur des Africains friands d'un avenir meilleur.

Dès le lendemain de la double proclamation de résultats, l'on a entendu l'ONU, l'Union Européenne, ensuite l'Union Africaine et la CEDEAO réagir pour marquer leurs positions confortées par la "validation" des résultats opérée par l'ONUCI. Du côté des Ivoiriens, l'on a également entendu les deux camps qui, en se radicalisant, n'ont fait que conforter les observateurs réalistes quant aux grondements de volcan que d'aucuns voulaient prendre pour une répétition d'une troupe de batteurs de Tam-tam qui préparait les réjouissances post-électorales.

Pendant ce temps, où est la Société civile ivoirienne? Que fait le peuple ivoirien en dehors de couper pour Charles Blé Goudé ou de décaler avec Guillaume Soro? Ils attendaient de voir ce que la poitrine bombée de l'Occident allait donner en termes de pressions sur Gbagbo, me dirait-on. Mais, adopter cette posture, c'est, encore une fois, confier son destin à quelqu'un d'autre... Et, à mon avis, c'est là que la fuite de responsabilité des Africains revient comme un chant funeste, car elle mène, de façon certaine, au purgatoire.

Il aurait juste fallu que, 5mn après les résultats du Conseil Constitutionnel, chaque Ivoirien sortît pour défendre son vote. A l'image de la Révolution Orange en Ukraine, le peuple Ivoirien avaient ici l'opportunité de montrer à la face du monde que c'est lui qui choisit et il a choisi./

En laissant le micro à l'Occident et aux ombres africaines, le citoyen Ivoirien n'a fait que demander aux protagonistes d'opérer un bras de fer à l'issue politiquement fatale pour l'un ou l'autre, voire même pour l'entourage de l'un et le bras armé de l'autre. Chaque Ivoirien aurait pu se demander: "à quoi aura servi mon vote, après dix ans de faux-jeu?"

De nombreux intellectuels africains se sont exprimés en défendant qui, la démocratie - et donc s'affichent pour le départ non négociable de Gbagbo - qui, la nécessité de refuser l'ingérence et l'impérialisme des "étrangers" (vocable largement usité par le camp Gbagbo à des fins de propagande) qui souhaiteraient le déloger par la force (pression internationale, asphixie économique, humiliation diplomatique ou force militaire) comme aux temps du colonialisme ou pendant les années d'indépendance, voire même avec la Françafricaine... Pour donc ces raisons identitaires, ceux-ci défendent Gbagbo, contre le choix des Ivoiriens. Une autre catégorie d'intellectuels africains reste, quant à elle, sur les valeurs et, tout en refusant quelque ingérence de quelque nature, rappelle quand même les principes démocratiques et demande alors aux Ivoiriens de régler eux-mêmes la question.

Dans le fond, il n'y a pas d'autres issues à cette crise qui se joue sur le terrain de la manipulation des médias et du jusqu'au-boutisme. Car, en réalité c'est le camp de Gbagbo qui joue à se faire peur et qui profite, tant des erreurs communicationnelles des "Etrangers" (cf menaces et ultimatum de Sarkozy) que de l'absence de charisme de Ouattara qui a préféré mettre au devant Guillaume Soro quand celui-ci est honni par tout ce qui est loin du Nord.

Du fait de la menace de représailles sur les citoyens de la CEDEAO présents en Côte d'Ivoire et, ayant compris qu'en fait, en dehors du Nigeria, aucun autre Etat de la sous-région n'a les reins suffisamment solides pour s'aventurer dans les caniveaux d'Abidjan (et, heureusement ou malheureusement, le Nigeria a une hémorragie interne à gérer sur fond de clivage religieux), le camp Gbagbo oriente volontairement le débat sur le côté militaire et la nécessité de défendre la nation. Tous les Généraux dernièrement nommés par Gbagbo ont juré de se lancer corps et âme dans le champ de bataille mais, dans le même temps, ils sont tous en train de "préparer leur futur".

La France attend une petite égratignure sur un de ses citoyens pour orienter la Licorne et Badgader Abidjan. Cela, Gbagbo-le-boulanger, qui n'est pas Sadam Hussein, l'a bien compris et Blé Goudé tient ses troupes... Au besoin, les Ouest-africains de la Côte d'Ivoire feront les frais de la rancoeur contre Chirac et alliés.

Africains de Côte d'ivoire ou Ivoiriens-qui-voyez-bien, réveillez-vous! Vous êtes seuls face à votre destin. Au meilleur des cas, vous en aurez encore pour deux années de palabres avant que la roulette russe n'arrête son tour devant la RTI. En attendant, si chacun vote pour sa Côte d'Ivoire, il est clair que vous n'aurez plus un seul pays. Ceux qui sont éloignés de la côte se débaptiseront pour le malheur, encore une fois, de l'Afrique. Et l'on dira que c'est la main de l'étranger...

C'est parce que cette main étrangère aura simplement trouvé un Kedjenou (un excellent plat ivoirien) sans preneur...

Il est vrai que Bédié a amené la peste (Ivoirité). Il est également vrai que "le garçon", GBagbo, est loin du coeur de ses compatriotes mais se nourrit de leurs inquiétudes et compte sur le zèle des opportunistes ainsi que des jusqu'au-boutistes-que-la-CPI-attend-au-carrefour. Seulement, il est encore plus vrai que Ouattara, en plus de manquer de charisme et de ne pas avoir le sens de la real politique comme GBagbo, est loin d'être le chouchou des Ivoiriens et, à travers ses accointances avec les rebelles, n'a fait que confirmer que la France, depuis Chirac, n'a jamais été loin de Soro et alliés. Et, cette réalité refroidit les vélléités de soutien interne, en plus de semer le doute quant à ses capacités propres à gérer ce pays de façon "intra-muros".

Au risque de froisser ses partenaires, le démocratiquement-élu devra prosaïquement convaincre ses compatriotes... même loin du Palais. L'arme financière, plutôt que de servir à exercer une pression sur un homme, devra, avec juste une signature à la fin du mois, rassurer tout un peuple. Qui a intérêt à se mettre le peuple à dos? Certainement pas le "garçon"!