jeudi 29 octobre 2009

Les négociations sur le climat: entre dilatoire, mesquinerie et irresponsabilité


LE “CLIMAT“ AFRICAIN

Ils iront en négociation, à Copenhague, en décembre 2009. Ils seront un tout petit groupe de représentants officiels de leurs pays. Ils assisteront à un certain nombre de séances de négociation, mais ne participeront pas vraiment puisqu’ils seront épuisés par les débats qui tournent en rond, les uns sachant d’avance quel sera le contenu du rapport final.

Ils, ce sont les négociateurs du Sud, singulièrement, ceux des pays d’Afrique. Que de difficultés rencontreront-ils pour se mobiliser, pour constituer les délégations nationales… Quelles tractations devront-ils, encore et toujours, opérer pour pouvoir se joindre aux délégations nationales. Cependant, une fois arrivés, leur principal souci sera de voir l’ouverture officielle prendre fin aussi vite que possible, afin que le Ministre ou autre chef de délégation-pays se retire au plus tôt, en leur confiant la suite.

Nombre de représentants Africains ne suivent nullement les débats. Ils ont plein de courses à faire et de visites amicales ou parentales préalablement programmées. Leurs effectifs très limités ne leur permettent d’ailleurs pas de tenir le rythme face à des délégations européennes ou américaines constituées de plusieurs dizaines de représentants, avec une parfaite coordination et un système de mise à niveau informationnelle et de prise de décision très bien huilé.

Qu’à cela ne tienne. Le véritable problème n’est pas là. Il n’est pas vraiment utile d’attendre les rencontres internationales (COP, Intercessions, etc.) pour définir des positions nationales et régionales. C’est une question de concertation et de prise de conscience des intérêts nationaux et des enjeux stratégiques du continent.

Les Européens de l'UE parlent d’une seule voix. Les Américains du Nord harmonisent leurs positions. La Chine à elle-seule constitue un poids économique non négligeable ; de même que l’Inde et le Brésil. On ne saurait ne pas tenir compte de leurs positions. Même si ces acteurs du Sud ont tendance à « se rapprocher » de l’Afrique et d’autres, dans le cadre du G77, les réalités et les enjeux pour eux et pour l’Afrique ne sont pas les mêmes. C’est une amitié de circonstance dans laquelle le continent ne tire aucun avantage stratégique. L’Afrique ne sert que de faire-valoir.

ACHOPPEMENT DES DEBATS

Les Etats-Unis, suivis, comme toujours, de l’Europe (UE), refusent de faire un pas de plus vers le post-Kyoto. La question du financement (transfert de technologies) est également en stand-by. Entre autres raisons, les pays développés invitent les pays en développement à « établir, tout au moins, des stratégies nationales de réduction des GES ». Le comble de la mesquinerie ne saurait dépasser ce seuil.

Seulement, nombre de pays Africains n’ont pas encore compris l’enjeu réel qui se cache derrière ce chantage. De fait, les pays développés sont en train d’enjoindre les pays en développement de cesser tout développement industriel, de simplement se limiter à la production de matières premières. Pour le reste, ils s’en occuperont avec dévouement, puisqu’ils le feront volontairement pour le compte de l’humanité, marquant ainsi leur généreuse contribution au développement durable.

“Industrialized countries would like to see developing countries to compile at least national emission reduction strategies, before they put any money on the table.” Ivo De Boer, at the World Economic Forum (WEF). Annual Meeting of the New Champions, Dalian, China,10-12 Sept. 2009.

« Africains et autres pays du sud dont les reins ne sont pas solides, laissez-nous faire. Mobilisez vos ressources naturelles et minières. Posez-les au bord de la route. Nous passerons les récupérer. Nous les transformerons pour créer de la valeur ajoutée. Nous vous les ramènerons en vous les revendant avec un packaging et des logos en 3D. Nous en ferons la promotion grâce à nos agences, notre cinéma et nos chaînes câblées. Nos experts vous apprendront comment redistribuer ces produits en suscitant l’appétit et le rêve chez le minier du Niger, le forestier du Congo, le producteur de cacao de la Côte d’Ivoire, le coton-culteur du Burkina Faso ou les autres agriculteurs du Sénégal et d’ailleurs ». « Ne vous fatiguez pas. Ne vous fatiguez plus. Avec vos ressources et notre technologie, nous travaillerons en synergie pour un monde meilleur. » Voilà ce que nous recommande ce langage "hiéroglyphé".

Un autre point d’achoppement se trouve être le seuil de réduction. Aucun acteur majeur parmi les grands pollueurs, excepté la Chine, n’est prêt à faire les efforts requis pour en arriver au seuil de 15 à 21% de réduction par rapport au niveau d’émission en 1990, ce qui permettrait de ne pas dépasser le seuil critique des 2°C.
Au total, le réalisme invite à comprendre qu’il ne faut, concrètement, rien attendre des gouvernements des pays industrialisés. La question de la réduction des GES et de limitation des impacts du climat est politiquement sensible pour eux. De la même façon qu’elle est stratégiquement éloignée des préoccupations existentielles des populations africaines, au regard du climat d’insécurité qui règne dans certains pays, de la mal gouvernance qui reprend du souffle et de la démocratie qui a toujours du mal à s’ancrer.

Au nord, ce sont les firmes internationales qui décident réellement de la posture à adopter. Au sud, ce sont les politiques qui réfléchissent et décident de tout. Ici, la réflexion n’est pas forcément élargie, quand bien même les "Communications nationales" sont, théoriquement, inclusives. La Société civile du Sud, de temps en temps consultée, n’a pas nécessairement la capacité d’influence que l’on pourrait attendre d’elle. Ses ressources et ses partenaires étant du Nord, le discours de veille et d’alerte est davantage celui de relais de la Société civile et des ambassades du Nord qu’une attitude réellement motivée par la sensibilisation sur les réalités locales. Les leçons apprises au niveau local servent plus à documenter les publications des partenaires du Nord qu’à alerter les décideurs des pays du Sud. Le retour d’information, comme dans le cas des producteurs du Sud par rapport aux créateurs de valeur ajoutée du Nord, se fera par des lobbyistes du Nord, vendeurs de rêve, pour la Société civile qui devient alors un mercenaire social pour les bailleurs du Nord.

POSITION
A notre avis, il ne sert à rien d’avoir des rencontres internationales pour lesquelles l’on émet suffisamment de GES pour favoriser la pérennité du Paludisme et justifier ainsi les innombrables fonds de lutte contre tout ce qui pourrait réduire la dépendance aux... "missionnaires civilisateurs".

Une alternative concrète serait que les pays Africains, à travers l’Union Africaine, assoient de nouvelles règles qui s’appliqueraient à toutes les entreprises établies sur le continent. La taxe carbone doit être payée, non plus de façon politique, à travers de semblants mécanismes de marché (MDP, bourse carbone, etc) mais, plutôt, de façon directe et annuelle par les entreprises opérant en Afrique.

Il s’agira de différencier le régime entre les entreprises « africaines » et celles étrangères ; entre les entreprises d’exportation et celles qui transforment sur place.



La mondialisation ne signifie pas l'assujettissement à une rationalité unilatérale; encore moins, adopter des positions béates et irrationnelles.

Prière alors aux Africains de "balayer devant leur cour" avant de "danser sur la musique des autres". Ce qui est sûr, c'est qu'un "sac vide ne saurait tenir debout" et, à force de retourner aux mêmes endroits pour le même but, on perd le nord... et le sud.

jeudi 8 octobre 2009

L'ordre et la culture






















Il m'a été donné de pouvoir faire un saut en Asie du Sud-est, au Cambodge plus précisément. Ce pays n'est pas considéré comme "développé" et, que je sache, n'est pas non plus listé parmi les "émergents". Donc, du point de vue du développement, le Cambodge est relativement au même niveau que la grande majorité des pays Africains, au sud du Sahara (136e mondial de l'IDH). Sur d'autres paramètres également, on note bien des similitudes: la superficie est de 181 035 km², pour une population de 14,4 millions d'habitants, en 2007 (19,7% de populations urbaines).

Contrairement à beaucoup de nos Etats Africains récemment démocratisés, ce pays vit sous le régime d'une monarchie parlementaire (un roi et un Premier Ministre entièrement responsable devant le Parlementaire). Et la stabilité sociopolitique y est une réalité que les années de guerre civile n'ont pas altéré, malgré le souvenir et les douleurs encore perceptibles, dans le silence des regards.

Ce peuple Cambodgien, majoritairement Khmers (88,6%) a connu, comme nous autres, durant l'esclavage et la colonisation, des périodes très troubles et des influences politico-religieuses très fortes. L'Inde, la Chine, le Vietnam... l'Indouisme, le Bouddhisme, etc, ont, jusqu'à nos jours, laissé leurs empreintes dans l'histoire et la vie sociale, politique et culturelle des Cambodgiens.

Et, pourtant, ce peuple ne s'est pas laissé endormir. Il ne pleurniche pas sur son sort. Il ne revendique pas réparation... Le Cambodge a su tirer profit de toutes ces expériences et relever la tête après les épreuves pour offrir à ses enfants un espoir fondé sur deux éléments clés, que nous autres Africains avions, historiquement: l'ordre (dans le sens de la discipline et du respect) et la culture.






Aujourd'hui, la Cambodge a un taux d'alphabétisation des adultes de l'ordre de 75,6%. Son PNB par habitant était de 1 720 $, en 2007, pour une croissance annuelle de PIB par habitant de l'ordre de 3,8%.

En tant que populations très majoritairement rurales, les Cambodgiens passent plus de la majorité de leur temps dans les activités agricoles (riz, soja, maïs... Caoutchouc, hévéa), dans l'exploitation forestière, l'exploitation minière et la pêche qui n'emploie pas moins de 2 800 000 de personnes. (Dans bien de nos pays Africains, nous avons les capacités de production de riz, mais, nous consommons le riz Cambodgien, le riz Vietnamien et, de plus en plus, celui Brésilien ou Indien).

L'économie Cambodgienne est également consolidée par le bâtiment (infrastructures routières, hôtelières et d'habitat), le Tourisme (ou quand la culture accueille la modernité) et l'habillement (le textile).

Il y a tellement de choses à dire sur ce pays et sur d'autres "Asiatiques"... Mais, notre démarche ne se situe pas à ce niveau. Loin d'une admiration béate, nous voulons surtout offrir l'occasion à d'autres Africains de jeter un coup d'oeil... à côté, faire un peu de benchmarking politique afin d'évaluer la distance qui nous sépare, nous-mêmes, Africains, d'avec notre passé et notre devenir.

Ce qui a forgé nos sociétés africaines, c'était l'ordre et la culture. Ce qui nous a détournés de notre culture, c'est l'ordre, le nouvel ordre venu d'ailleurs, par la force des armes mais aussi par la sujétion et la cupidité de certains Africains. Ce qui va nous perdre, si l'on ne se ressaisit, ce sera la culture du désordre.

Mon doyen Modibo (Africain du Mali résident au Sénégal) - dont les réflexions si fines me manquent - me faisait noter que, nous autres Africains, en voulant "copier le blanc", nous avons négligé une forte part de nous-mêmes, sans pour autant copier l'essentiel, l'utile. Nous sommes restés sur le futile et, en chemin, nous avons oublié qui nous étions.

Quelle direction prendre alors? Droit au mur ou virage conséquent? Africain de l'Afrique et d'ailleurs, l'histoire t'interpelle...

A moins que tu ne préfères, comme beaucoup d'autres, "démissionner" psychologiquement, et jeter l'opprobre sur autrui (l'Occident, le dirigeant politique, le corrompu de l'Administration...). Mais, "si ce n'est toi, c'est l'un des tiens"!

Kaback O.

vendredi 18 septembre 2009

Le Fesman sera- t-il

S’IL M’ETAIT PERMIS…

S’il m’était permis de partager ma vision de ce qu’aurait pu être « le FESMAN » :

  • j’aurai accordé plus d’importance aux Services Régionaux de la Culture (SRC) ;
  • j’aurai initié un programme, sous forme de concours, qui permettrait aux étudiants en Informatique de travailler, dans le cadre de leurs recherches, avec ces SRC ;
  • j’aurai invité chaque région à réaliser une cartographie exhaustive des valeurs culturelles – matérielles comme immatérielles – et à les mettre en valeur à travers les TIC ;
  • j’aurai invité à mettre en exergue la diversité culturelle de chaque zone, à travers les différentes facettes de la culture et en répertoriant tous les hommes et femmes de culture, historiquement et présentement connus ;
  • j’aurai suggéré aux établissements scolaires et universitaires de stimuler et d’encourager la visibilité de tous les talents artistiques des jeunes élèves et étudiants ;
  • j’aurai mis en place une structure de coordination qui centraliserait toutes les initiatives et impulserait un dynamisme artistique et culturel reflet des valeurs séculaires ;
  • des proverbes à la danse, des contes évoqués autour du feu de bois à la poésie des contemporains, de Haj Mansour à Doudou Seck, des kassak au baak dans nos arènes, de Medina Sabakh à Yandé Codou, de Ousmane Sow à Ndiaye Khaly, du fabricant de Djembé de Kolda au bijoutier de Thiès, j’aurai impliqué tout digne héritier des figures historiques du Sénégal de Cheikh Anta et de Léopold S. Senghor ;
  • j’aurai débusqué les multiples arts culinaires des terroirs et ressuscité les styles princiers et guerriers du Fuuta, du Walo, du Sine et des autres contrées du Sénégal ;
  • j’aurai rappelé les coiffures, la prestance et l’élégance vestimentaire de nos mères et de nos sœurs ;
  • j’aurai immortalisé des scènes, pris des photos, sculpté des formes, enregistré des sons, interviewé des acteurs et autres icônes des cultures locales ;
  • j’aurai mémorisé des milliers de données pour les mettre sur des centaines de supports communicationnels, à commercialiser ou non ;
  • j’aurai mis le tout dans le site Web de chaque SRC, avant de créer des liens à partir du site Web officiel du FESMAN ;
  • j’aurai réalisé des documentaires à diffuser à travers les médias, afin que les Sénégalais s’imprègnent davantage de leur culture ;
  • j’aurai informé et mobilisé tous ces Sénégalais, à travers une stratégie communicationnelle fondé sur le sentiment national ;
  • j’aurai bâti un partenariat gagnant-gagnant avec le secteur privé national et international ;
  • j’aurai promu toutes les langues nationales et appuyé toutes les manifestations culturelles ;
  • après avoir responsabilisé la structure de coordination, j’aurai demandé des comptes à toutes les étapes ;
  • j’aurai travaillé avec elle pour une évaluation à mi parcours ; et
  • j’aurai sanctionné les meilleurs produits, les régions les mieux représentées, les responsables les moins productifs, avant de distinguer, au nom de la nation sénégalaise, les artistes, les acteurs culturels et les responsables les plus méritants.
  • Voilà, j’aurai ensuite ouvert les bras pour accueillir mes frères et sœurs africains et de la diaspora.

C’est le Sénégal qui aurait offert sa Teranga au monde.

Il n’y a rien de neuf, tout est déjà là… dans la culture !

Point de vue culturel(le)

Le Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN) a récemment été annulé et reporté pour... 2010, 2011... Cette occasion de mettre en exergue les valeurs culturelles de l'Afrique et de sa diaspora a ainsi été gâchée sans que les responsabilités n'en soient situées. Encore une fois, l'Africain du Sénégal aura encore perdu l'opportunité de porter un message fort à ses frères et soeurs d'Afrique et d'ailleurs.

Pour autant, faut-il en rester là? Le FESMAN aura-t-il finalement lieu?
Et nous autres non investis, faut-il encore et toujours rester les bras ballants et critiquer à longueur de médias ou de grands-places?

Quelqu'un a eu l'idée d'initier, d'autres ont repris, certains ont été responsabilisés, la machine a déraillé, soit.

Pour ma part, ne pouvant plus me retenir, je me lance... Je me refuse d'être spectateur d'un ballet sans chorégraphe. J'envoie mon script...

Kaback O.