A bon entendeur…
Au-delà d’un slogan, je vois ici une information, un message adressé à
quelqu’un qui avait du mal à entendre la
voix du peuple. Monsieur le président, « le peuple a choisi ».
Qui que tu sois, quel que soit le pouvoir que tu t’es arrogé, il faut juste
recevoir cette information et la prendre en compte pour ton bien et celui des femmes et hommes que tu as toujours négligés et piétinés : « Nous,
Gambiennes et Gambiens, avons décidé ». « Nous ne voulons plus de toi
pour exercer le pouvoir, surtout que cela fait déjà trop d’années que tu
l’exerces contre nos intérêts. » Voilà ce qu’aurait pu entendre cet ancien Président de République qui se retrouve maintenant en exil forcé, après avoir tenté d'accaparer le suffrage de son peuple pour forcer
le passage.
Cette information, ce message, il n’est plus gambien. Il est maintenant
africain, panafricain. A vous, Elus, qui avez du mal à entendre la voix de votre
peuple ; à vous qui laissez des courtisans vous faire croire que vous êtes
le salut de votre peuple ; à vous qui croyez qu’il vous est loisible de
faire n’importe quoi et de demeurer plus d’une dizaine d’années sur un perchoir
sans rendre compte de vos faits et méfaits ; de grâce,
détrompez-vous ! Bon gré mal gré, les peuples s’éveillent et s’activent.
Quel que soit le temps que cela prendra, le peuple se prononcera pour ou contre
votre présence. L’emprisonnement d’opposants, l’atrophie de la société civile,
les limitations de la liberté de presse, tout ceci ne perdure qu’un temps. Et le revers ne fait qu’exposer ceux qui les pratiquent ainsi que leur
entourage. En plus de jeter leur pays dans des périodes troubles pendant des
moments plus ou moins longs.
Cher(e)s Africain(e)s de la Gambie, vous avez décidé. Il faudra
assumer. Toute reconstruction est difficile. Des questions vont fuser : faut-il « nettoyer » toutes les traces
du passé pour redémarrer avec du sang neuf ? Faut-il rejeter tout ce qui
provient de l’ancienne expérience, quitte en enclencher une chasse aux
sorcières et générer de nouvelles tensions ? Sur quelles forces vives
est-il possible de compter maintenant, sachant que, parmi les compétences
rapidement disponibles, certains citoyens ont joué le jeu de l’ancien
système ? Comment attirer le plus efficacement des partenaires et des
investisseurs pour relancer l’économie et permettre au peuple de participer à
l’activité économique et s’épanouir… enfin ? Comment bâtir des
institutions viables et capables d’instaurer un équilibre des pouvoirs
(exécutif, législatif et judiciaire) et d’instiller un esprit républicain chez
tous les citoyens ? Comment optimiser la participation des femmes, des
jeunes et de toutes les composantes de la nation gambienne dans une dynamique
génératrice d’espérance et fondée sur la transparence à tous les niveaux du
nouveau système de gouvernance ?
Les défis sont énormes mais
« à cœur vaillant, rien d’impossible » !
Place de la diaspora dans la
reconstruction de la Gambie
Pour l’avoir approché, pour avoir eu des contacts très poussés avec des
Gambiens dont une partie de la famille réside à l’extérieur, je sais que la
diaspora gambienne est très active et présente hors du continent africain (sans
compter ceux qui sont dans les pays voisins). L’on parle d’au moins 4% de la
population gambienne[1].
Et, au sein de cette diaspora, il y a des compétences dans divers domaines du
savoir et des sciences. Comme qui dirait, « ils sont partout et ils
sont capables de tout ».
Si certains sont nés à l’étranger, d’autres avaient quitté leurs pays
pour des raisons politiques, professionnelles, familiales ou, simplement,
d’émigration synonyme d’aventure (cela concerne de plus en plus une forte
tendance de jeunes).
Les nouvelles autorités politiques gagneraient à les inciter à toutes
formes possibles de contribution à la reconstruction nationale. Le retour au
pays n’étant pas toujours une fin en soi, les transferts de connaissances et de
technologies peuvent s’avérer plus utiles que le retour définitif de bataillons
d’ingénieurs et de médecins à qui il faudrait de longues années avant de
s’adapter aux us et aux coutumes du terroir. C’est dans cette perspective qu’il
faut inscrire les offres de formation ainsi que tous les services d’accompagnement et d’encadrement
dont le pays pourrait bénéficier de la part de sa diaspora. Nul besoin de mentionner
les possibilités que pourrait mobiliser cette diaspora en termes
d’investissements, de partenariats économiques et de promotion des opportunités
qu’offre le pays. Autre aspect devenu incontournable, les transferts financiers.
La Gambie et son voisin
sénégalais
Semble-t-il, c’est le prussien Bismarck qui disait qu’ « un état
fait son histoire mais subit sa géographie ». Entre la Gambie et le
Sénégal, bien malin qui pourra verser dans la tête de leurs citoyens respectifs
la logique qui a poussé les colonisateurs Anglais et Français à opérer un
découpage si absurde. En dehors des langues officielles léguées par ces
colonisateurs, tout, absolument tout dans leurs histoires respectives ainsi que
dans leurs sociologies les réunit. Au point que les tensions et soubresauts qui
secouent l’un résonnent plus que fortement chez l’autre. Et, qui sait,
peut-être qu’au plan géopolitique, ces tensions et soubresauts arrangent bien
l’un ou l’autre.
Du
conflit casamançais
Dans le cas d’espèce, le conflit
casamançais s’est longtemps nourri des remous aigres-doux entre les deux
voisins. Nous nous garderons d’entrer dans le « maquis » de ce
conflit irrédentiste qui date de plus de quarante ans maintenant et dont les
racines renvoient à des transactions entre un autre couple de colonisateurs –
la France (encore elle) et le Portugal, ainsi qu’à des ententes non avouables entre cette même France et des membres de la
communauté Diola.
Avec ce vent de renouveau qui souffle en Gambie, l’espoir que ce pays
aide véritablement le Sénégal à asseoir des négociations franches avec les
différentes fractions du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC)
peut être permis. L’instabilité politique ne profite non plus au citoyen
gambien qui doit faire attention à l’endroit où il pose son pied lorsqu’il se
déplace pour visiter son cousin situé de l’autre côté de la frontière. Le
nombre de véhicules et de personnes ayant sauté sur une mine anti-personnelle
est plus que considérable. Le sang a assez coulé et trop de familles sont
meurtries à jamais par ce conflit.
Le Sénégal vient d’aider la Gambie à renaitre. Le Sénégal a plus que
besoin de la Gambie (et de la Guinée-Bissau) pour être.
Du trafic de bois
Voilà un autre sujet qui recèle d’innombrables enjeux et de non-dits. Mais,
comme dirait l’autre, « tout est lié ». Avec l’instabilité au Sud du
Sénégal, le trafic de bois est devenu une activité plus que lucrative pour des
Sénégalais, des Gambiens jusqu’aux… Chinois. Des notables villageois et autres
opérateurs économiques véreux se sont mis sur cette filière en abusant et de la
réglementation et de la nature. A travers des coupes abusives de bois, en
aménageant des voies des plus improbables pour cacher leurs activités et
détourner les produits de tout contrôle, les trafiquants détruisent tout sur
leur passage, sans penser aux lendemains. Dans le cadre d’un séminaire organisé
à Ziguinchor, en 2008, j’ai été sidéré d’apprendre que, dans le but de berner
les autorités déconcentrées chargées de délivrer des quotas et autorisations de
coupes de bois, certains exploitants forestiers qui ont daigné effectuer cette
démarche mettent tout de même en place des pratiques très peu catholiques.
Jugez-en vous même ! Il s’agit de verser du carburant autour des arbres
ciblés mais qui ne sont pas encore morts ou dans un état menaçant pour leur
écosystème. Par cette pratique, le carburant s’infiltre et accélère le
dépérissement des arbres visés. Après un certain temps, l’exploitant peut
gentiment demander une autorisation de coupe, ces arbres répondant parfaitement
aux critères pour un abattage plus que légal. Le rythme de coupes est ainsi
accéléré, qui permet de satisfaire un marché de plus en plus envahi par des
acheteurs chinois installés en Gambie. Leur méthode actuelle consiste même dans
le préfinancement des opérations, en fournissant aux exploitants de quoi
acheter le matériel de coupe et de manutention. Avec obligation de
résultats : les produits doivent être livrés en Gambie.
Nous parlons ici de trafic de bois, quid du charbon de bois ? En
Gambie, il est strictement interdit de produire du charbon de bois. Alors,
comment expliquer que le charbon de bois soit le combustible le plus usité par
les ménages gambiens ? Non pas que toutes les opérations commerciales
relatives au charbon de bois soient illicites mais qui pourrait jurer que
tout le charbon de bois qui entre en Gambie a une origine licite ?
Le Sénégal a vraiment besoin de la Gambie. Sans le Sénégal, la Gambie pourrait étouffer.
Le respect mutuel
Entre ces deux pays, entre leurs deux peuples, il est temps de laisser
place à une fraternité sincère et durable. Il est temps que les appréhensions,
les stéréotypes et autres représentations soient écartés pour laisser la place
au respect mutuel.
Une des attentes les plus fortes du Sénégal vis à vis de la Gambie
consiste dans l’acceptation et la participation effective de cette dernière à la construction
d’un pont sur le fleuve Gambie. Cette infrastructure vise à relier le Sud du
Sénégal au reste du pays. Il est clair que, dans ces temps de modernité, les traversées
dudit fleuve par un ferry relèvent de pratiques désuètes. Toutefois, cette
volonté de prolonger les voies de communication engagées par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ne doit pas uniquement satisfaire la partie sénégalaise. Politiquement et diplomatiquement, le
dialogue entre les deux Etats doit permettre de mettre en avant tous les
avantages que la partie gambienne pourrait tirer de la construction dudit pont.
Surtout au plan économique. C’est aussi cela un signe de respect. Et cela
pourrait également constituer un atout pour des emplois profitables à la jeunesse
gambienne.
Parce qu’elle a mal et ce, depuis trop longtemps.
Limitation du flot de jeunes
gambiens vers l’émigration clandestine
L’actualité traite régulièrement du nombre de personnes qui se jettent
dans la mer Méditerranée pour entrer en Europe. On n’en parle pas beaucoup,
parce que les Gambiens ne sont pas volubiles comme leurs voisins immédiats,
mais nombreux sont les jeunes Gambiens qui s’aventurent dans ces eaux. En
Espagne, au Portugal, en Italie jusqu’en Suède, en passant par la Suisse et
d’autres pays européens, des jeunes Gambiens font partie des contingents de
demandeurs d’asile qui inondent les circuits administratifs de ces différents
pays et qui offrent encore plus de grains à moudre à leurs acteurs politiques
de droite et d’extrême-droite.
« Vent frais, vent du matin (…) » Les nouvelles autorités
gambiennes gagneraient à définir des politiques favorables à la jeunesse, en
commençant par remettre sur les rails le système éducatif. Il est fondamental
d’offrir les mêmes chances à tous les citoyens et, à cet effet, l’éducation et
la formation demeurent incontournables pour outiller la jeunesse gambienne et
lui permettre de participer au développement de la nation, tout en
s’épanouissant elle-même. La Gambie est un pays qui a d'énormes potentiels, dans
le domaine agricole comme dans le secteur du tourisme, de l’écotourisme. Son port doit revivre et faire vivre, sainement. Il
devrait y avoir de la place pour tout le monde. Kunta Kinté serait fier de sa
descendance si les Gambiens (et la jeunesse africaine, de façon générale) faisaient
de leur pays un nouvel El dorado.
PS: 1 Le mardi 24 janvier 2017, en exprimant ses "impressions" devant la télévision sénégalaise et par rapport à sa nomination comme Vice-présidente de la Gambie, Madame Fatumata Jallow Tambajang a aussi dit ceci : "Je suis une femme et qui dit femme dit parité; une parité à l'africaine. Entre les hommes et les femmes, nous sommes des partenaires (...)". Si seulement elle pouvait aller enseigner à l'université ou écrire un livre-témoignage sur la sagesse de la femme africaine ménopausée (les anthropologues africanistes comprendront le sens de cet épithète)!
2: Je suis de nature optimiste. Je reste aussi quelque peu inquiet voire angoissé. Le sourire revient sur les visages gambiens mais il faudra un très grand tact pour que la sérénité habite les coeurs. Tout le monde semble avoir oublié que le nouveau président s'est engagé à exercer le pouvoir pour... trois (03) années, et qu'ensuite il organiserait des élections libres et transparentes, pour une compétition plus ouverte et plus démocratique. Il a été candidat par défaut (à la place du chef de son parti, lequel avait été emprisonné par l'ancien président) mais c'est lui qui a été élu. Devra-t-il tenir parole et manifester son élégance vis à vis de ses pairs de l'ancienne opposition? Y a-t-il un risque d'instabilité politique si de nouvelles joutes électorales sont organisées dans un horizon si rapproché? Les élections législatives prévues au cours de cette année 2017 constitueront déjà une première épreuve démocratique. A suivre!
3: Hommage aux jeunes Africains de la Gambie et d’autres nations africaines qui sont restés en mer alors qu’ils cherchaient… leur avenir.
2: Je suis de nature optimiste. Je reste aussi quelque peu inquiet voire angoissé. Le sourire revient sur les visages gambiens mais il faudra un très grand tact pour que la sérénité habite les coeurs. Tout le monde semble avoir oublié que le nouveau président s'est engagé à exercer le pouvoir pour... trois (03) années, et qu'ensuite il organiserait des élections libres et transparentes, pour une compétition plus ouverte et plus démocratique. Il a été candidat par défaut (à la place du chef de son parti, lequel avait été emprisonné par l'ancien président) mais c'est lui qui a été élu. Devra-t-il tenir parole et manifester son élégance vis à vis de ses pairs de l'ancienne opposition? Y a-t-il un risque d'instabilité politique si de nouvelles joutes électorales sont organisées dans un horizon si rapproché? Les élections législatives prévues au cours de cette année 2017 constitueront déjà une première épreuve démocratique. A suivre!
3: Hommage aux jeunes Africains de la Gambie et d’autres nations africaines qui sont restés en mer alors qu’ils cherchaient… leur avenir.
