vendredi 27 janvier 2017

GAMBIA HAS DECIDED

A bon entendeur…

Au-delà d’un slogan, je vois ici une information, un message adressé à quelqu’un qui avait du mal à entendre la voix du peuple. Monsieur le président, « le peuple a choisi ». Qui que tu sois, quel que soit le pouvoir que tu t’es arrogé, il faut juste recevoir cette information et la prendre en compte pour ton bien et celui des femmes et hommes que tu as toujours négligés et piétinés : « Nous, Gambiennes et Gambiens, avons décidé ». « Nous ne voulons plus de toi pour exercer le pouvoir, surtout que cela fait déjà trop d’années que tu l’exerces contre nos intérêts. » Voilà ce qu’aurait pu entendre cet ancien Président de République qui se retrouve maintenant en exil forcé, après avoir tenté d'accaparer le suffrage de son peuple pour forcer le passage.

Cette information, ce message, il n’est plus gambien. Il est maintenant africain, panafricain. A vous, Elus, qui avez du mal à entendre la voix de votre peuple ; à vous qui laissez des courtisans vous faire croire que vous êtes le salut de votre peuple ; à vous qui croyez qu’il vous est loisible de faire n’importe quoi et de demeurer plus d’une dizaine d’années sur un perchoir sans rendre compte de vos faits et méfaits ; de grâce, détrompez-vous ! Bon gré mal gré, les peuples s’éveillent et s’activent. Quel que soit le temps que cela prendra, le peuple se prononcera pour ou contre votre présence. L’emprisonnement d’opposants, l’atrophie de la société civile, les limitations de la liberté de presse, tout ceci ne perdure qu’un temps. Et le revers ne fait qu’exposer ceux qui les pratiquent ainsi que leur entourage. En plus de jeter leur pays dans des périodes troubles pendant des moments plus ou moins longs.

Cher(e)s Africain(e)s de la Gambie, vous avez décidé. Il faudra assumer. Toute reconstruction est difficile. Des questions vont fuser : faut-il « nettoyer » toutes les traces du passé pour redémarrer avec du sang neuf ? Faut-il rejeter tout ce qui provient de l’ancienne expérience, quitte en enclencher une chasse aux sorcières et générer de nouvelles tensions ? Sur quelles forces vives est-il possible de compter maintenant, sachant que, parmi les compétences rapidement disponibles, certains citoyens ont joué le jeu de l’ancien système ? Comment attirer le plus efficacement des partenaires et des investisseurs pour relancer l’économie et permettre au peuple de participer à l’activité économique et s’épanouir… enfin ? Comment bâtir des institutions viables et capables d’instaurer un équilibre des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) et d’instiller un esprit républicain chez tous les citoyens ? Comment optimiser la participation des femmes, des jeunes et de toutes les composantes de la nation gambienne dans une dynamique génératrice d’espérance et fondée sur la transparence à tous les niveaux du nouveau système de gouvernance ?

Les défis sont énormes mais « à cœur vaillant, rien d’impossible » !

Place de la diaspora dans la reconstruction de la Gambie

Pour l’avoir approché, pour avoir eu des contacts très poussés avec des Gambiens dont une partie de la famille réside à l’extérieur, je sais que la diaspora gambienne est très active et présente hors du continent africain (sans compter ceux qui sont dans les pays voisins). L’on parle d’au moins 4% de la population gambienne[1]. Et, au sein de cette diaspora, il y a des compétences dans divers domaines du savoir et des sciences. Comme qui dirait, « ils sont partout  et ils sont capables de tout ».

Si certains sont nés à l’étranger, d’autres avaient quitté leurs pays pour des raisons politiques, professionnelles, familiales ou, simplement, d’émigration synonyme d’aventure (cela concerne de plus en plus une forte tendance de jeunes).

Les nouvelles autorités politiques gagneraient à les inciter à toutes formes possibles de contribution à la reconstruction nationale. Le retour au pays n’étant pas toujours une fin en soi, les transferts de connaissances et de technologies peuvent s’avérer plus utiles que le retour définitif de bataillons d’ingénieurs et de médecins à qui il faudrait de longues années avant de s’adapter aux us et aux coutumes du terroir. C’est dans cette perspective qu’il faut inscrire les offres de formation ainsi que tous les services d’accompagnement et d’encadrement dont le pays pourrait bénéficier de la part de sa diaspora. Nul besoin de mentionner les possibilités que pourrait mobiliser cette diaspora en termes d’investissements, de partenariats économiques et de promotion des opportunités qu’offre le pays. Autre aspect devenu incontournable, les transferts financiers.

        La Gambie et son voisin sénégalais

Semble-t-il, c’est le prussien Bismarck qui disait qu’ « un état fait son histoire mais subit sa géographie ». Entre la Gambie et le Sénégal, bien malin qui pourra verser dans la tête de leurs citoyens respectifs la logique qui a poussé les colonisateurs Anglais et Français à opérer un découpage si absurde. En dehors des langues officielles léguées par ces colonisateurs, tout, absolument tout dans leurs histoires respectives ainsi que dans leurs sociologies les réunit. Au point que les tensions et soubresauts qui secouent l’un résonnent plus que fortement chez l’autre. Et, qui sait, peut-être qu’au plan géopolitique, ces tensions et soubresauts arrangent bien l’un ou l’autre.

Du conflit casamançais

Dans le cas d’espèce, le conflit casamançais s’est longtemps nourri des remous aigres-doux entre les deux voisins. Nous nous garderons d’entrer dans le « maquis » de ce conflit irrédentiste qui date de plus de quarante ans maintenant et dont les racines renvoient à des transactions entre un autre couple de colonisateurs – la France (encore elle) et le Portugal, ainsi qu’à des ententes non avouables entre cette même France et des membres de la communauté Diola.

Avec ce vent de renouveau qui souffle en Gambie, l’espoir que ce pays aide véritablement le Sénégal à asseoir des négociations franches avec les différentes fractions du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) peut être permis. L’instabilité politique ne profite non plus au citoyen gambien qui doit faire attention à l’endroit où il pose son pied lorsqu’il se déplace pour visiter son cousin situé de l’autre côté de la frontière. Le nombre de véhicules et de personnes ayant sauté sur une mine anti-personnelle est plus que considérable. Le sang a assez coulé et trop de familles sont meurtries à jamais par ce conflit.

Le Sénégal vient d’aider la Gambie à renaitre. Le Sénégal a plus que besoin de la Gambie (et de la Guinée-Bissau) pour être.

            Du trafic de bois

Voilà un autre sujet qui recèle d’innombrables enjeux et de non-dits. Mais, comme dirait l’autre, « tout est lié ». Avec l’instabilité au Sud du Sénégal, le trafic de bois est devenu une activité plus que lucrative pour des Sénégalais, des Gambiens jusqu’aux… Chinois. Des notables villageois et autres opérateurs économiques véreux se sont mis sur cette filière en abusant et de la réglementation et de la nature. A travers des coupes abusives de bois, en aménageant des voies des plus improbables pour cacher leurs activités et détourner les produits de tout contrôle, les trafiquants détruisent tout sur leur passage, sans penser aux lendemains. Dans le cadre d’un séminaire organisé à Ziguinchor, en 2008, j’ai été sidéré d’apprendre que, dans le but de berner les autorités déconcentrées chargées de délivrer des quotas et autorisations de coupes de bois, certains exploitants forestiers qui ont daigné effectuer cette démarche mettent tout de même en place des pratiques très peu catholiques. Jugez-en vous même ! Il s’agit de verser du carburant autour des arbres ciblés mais qui ne sont pas encore morts ou dans un état menaçant pour leur écosystème. Par cette pratique, le carburant s’infiltre et accélère le dépérissement des arbres visés. Après un certain temps, l’exploitant peut gentiment demander une autorisation de coupe, ces arbres répondant parfaitement aux critères pour un abattage plus que légal. Le rythme de coupes est ainsi accéléré, qui permet de satisfaire un marché de plus en plus envahi par des acheteurs chinois installés en Gambie. Leur méthode actuelle consiste même dans le préfinancement des opérations, en fournissant aux exploitants de quoi acheter le matériel de coupe et de manutention. Avec obligation de résultats : les produits doivent être livrés en Gambie.

Nous parlons ici de trafic de bois, quid du charbon de bois ? En Gambie, il est strictement interdit de produire du charbon de bois. Alors, comment expliquer que le charbon de bois soit le combustible le plus usité par les ménages gambiens ? Non pas que toutes les opérations commerciales relatives au charbon de bois soient illicites mais qui pourrait jurer que tout le charbon de bois qui entre en Gambie a une origine licite ?

Le Sénégal a vraiment besoin de la Gambie. Sans le Sénégal, la Gambie pourrait étouffer.

            Le respect mutuel

Entre ces deux pays, entre leurs deux peuples, il est temps de laisser place à une fraternité sincère et durable. Il est temps que les appréhensions, les stéréotypes et autres représentations soient écartés pour laisser la place au respect mutuel.

Une des attentes les plus fortes du Sénégal vis à vis de la Gambie consiste dans l’acceptation et la participation effective de cette dernière à la construction d’un pont sur le fleuve Gambie. Cette infrastructure vise à relier le Sud du Sénégal au reste du pays. Il est clair que, dans ces temps de modernité, les traversées dudit fleuve par un ferry relèvent de pratiques désuètes. Toutefois, cette volonté de prolonger les voies de communication engagées par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ne doit pas uniquement satisfaire la partie sénégalaise. Politiquement et diplomatiquement, le dialogue entre les deux Etats doit permettre de mettre en avant tous les avantages que la partie gambienne pourrait tirer de la construction dudit pont. Surtout au plan économique. C’est aussi cela un signe de respect. Et cela pourrait également constituer un atout pour des emplois profitables à la jeunesse gambienne.

Parce qu’elle a mal et ce, depuis trop longtemps.

Limitation du flot de jeunes gambiens vers l’émigration clandestine

L’actualité traite régulièrement du nombre de personnes qui se jettent dans la mer Méditerranée pour entrer en Europe. On n’en parle pas beaucoup, parce que les Gambiens ne sont pas volubiles comme leurs voisins immédiats, mais nombreux sont les jeunes Gambiens qui s’aventurent dans ces eaux. En Espagne, au Portugal, en Italie jusqu’en Suède, en passant par la Suisse et d’autres pays européens, des jeunes Gambiens font partie des contingents de demandeurs d’asile qui inondent les circuits administratifs de ces différents pays et qui offrent encore plus de grains à moudre à leurs acteurs politiques de droite et d’extrême-droite.

« Vent frais, vent du matin (…) » Les nouvelles autorités gambiennes gagneraient à définir des politiques favorables à la jeunesse, en commençant par remettre sur les rails le système éducatif. Il est fondamental d’offrir les mêmes chances à tous les citoyens et, à cet effet, l’éducation et la formation demeurent incontournables pour outiller la jeunesse gambienne et lui permettre de participer au développement de la nation, tout en s’épanouissant elle-même. La Gambie est un pays qui a d'énormes potentiels, dans le domaine agricole comme dans le secteur du tourisme, de l’écotourisme. Son port doit revivre et faire vivre, sainement. Il devrait y avoir de la place pour tout le monde. Kunta Kinté serait fier de sa descendance si les Gambiens (et la jeunesse africaine, de façon générale) faisaient de leur pays un nouvel El dorado.

PS: 1 Le mardi 24 janvier 2017, en exprimant ses "impressions" devant la télévision sénégalaise et par rapport à sa nomination comme Vice-présidente de la Gambie, Madame Fatumata Jallow Tambajang a aussi dit ceci : "Je suis une femme et qui dit femme dit parité; une parité à l'africaine. Entre les hommes et les femmes, nous sommes des partenaires (...)". Si seulement elle pouvait aller enseigner à l'université ou écrire un livre-témoignage sur la sagesse de la femme africaine ménopausée (les anthropologues africanistes comprendront le sens de cet épithète)!

2: Je suis de nature optimiste. Je reste aussi quelque peu inquiet voire angoissé. Le sourire revient sur les visages gambiens mais il faudra un très grand tact pour que la sérénité habite les coeurs. Tout le monde semble avoir oublié que le nouveau président s'est engagé à exercer le pouvoir pour... trois (03) années, et qu'ensuite il organiserait des élections libres et transparentes, pour une compétition plus ouverte et plus démocratique. Il a été candidat par défaut (à la place du chef de son parti, lequel avait été emprisonné par l'ancien président) mais c'est lui qui a été élu. Devra-t-il tenir parole et manifester son élégance vis à vis de ses pairs de l'ancienne opposition? Y a-t-il un risque d'instabilité politique si de nouvelles joutes électorales sont organisées dans un horizon si rapproché? Les élections législatives prévues au cours de cette année 2017 constitueront déjà une première épreuve démocratique. A suivre!

3: Hommage aux jeunes Africains de la Gambie et d’autres nations africaines qui sont restés en mer alors qu’ils cherchaient… leur avenir.




[1] www.migration.ox.ac.uk/odp/Diasporas%20Reimagined/Diasporas%20Reimagined_Chant.pdf

mercredi 7 septembre 2016

LE GAVAGE DES JEUNES FILLES EN MAURITANIE. ENTRE CRITERES DE BEAUTE, RISQUES SANITAIRES ET DROITS HUMAINS

En quoi consiste le gavage ?

Il s’agit de faire manger (très souvent sous la menace ou par la force physique) de grandes quantités de nourriture riche en calories prises par doses régulières aux filles et jeunes femmes. En général, le lait de chamelle et de vache constitue la principale nourriture. Ce lait peut également être accompagné de nourriture relativement liquéfiée comme la bouillie de mil achetée à l’occasion des pérégrinations de la famille (nomadismes)[1]. Le tout est de favoriser le développement de l’embonpoint chez la jeune fille afin qu’elle corresponde aux « normes de beauté » traditionnelles de la société maure (les arabes mauritaniens, majoritaires dans le pays).

 A côté de l’alimentation quasi-permanente, le gavage s’accompagne d’une oisiveté fortement encouragée chez la jeune fille. A cet effet, la position couchée est celle principalement adoptée tout au long de la journée. Elle permet, en outre, de procéder à « l’instruction » de la jeune fille, en termes de préparation aux attitudes à prendre une fois dans sa vie de femme mariée. Pour certaines jeunes filles de classes sociales inférieures, elles y apprennent ainsi le chant, l’utilisation de certains instruments musicaux (calebasse renversée, par exemple). C’est aussi l’occasion d’apprendre à faire du thé pour son futur époux (même si elle n’a pas le droit d’en boire durant la période de gavage ; l’acidité du thé pourrait ralentir les effets recherchés).

Quel est le but visé à travers le gavage ?

En termes de critère de beauté recherché dans la société maure – et qui s’est largement diffusé dans les autres ethnies de la Mauritanie, les « rondeurs » de la femme s’avèrent un élément essentiel. Odette du Pigaudeau (2005)[2] avait remarqué que « Cet embonpoint, déjà apprécié au XI et XVI siècles, est demeuré un canon de la beauté maure ». On parle ainsi de Valha (la gracieuse), la belle en Hassanya (une des langues mauritanienne)[3].

En plus de représenter les plus belles aux yeux des hommes – lesquels sont, eux, généralement assez minces, se déplaçant beaucoup dans des conditions d’aridité climatique – les grosses femmes mauritaniennes constituent également un indicateur de la richesse du mari, après avoir été un indicateur de la situation sociale de ses parents, en termes d’importance de leur troupeau (capacité d’entretenir sa famille). S’opère ainsi un jeu d’alliance fondée sur l’image présentée tout autant par la famille d’origine que le foyer de destination en termes de statut et de prestige social.

Dès lors, une femme maigre aura du mal à trouver un mari et fera l’objet d’une forte « pression sociale ». Certaines se retrouvent obligées de s’installer en ville ou d’utiliser des produits pharmaceutiques (Longifen, par exemple), afin d’accélérer le processus de prise de poids, faute de supporter le gavage.

La tradition du mariage précoce comme soubassement

Cette pratique est liée à une tradition: les filles ont tendance à se marier à un très jeune âge (12-14 ans) ; elles doivent ainsi se présenter avec un physique « avantageux » avant l’évènement.

Généralisation de la pratique du gavage ?

Avec les pressions internationales, le gavage est maintenant prohibé dans la loi mauritanienne. Toutefois, si dans la capitale et dans le Nord mauritanien (Nouadhibou) la pratique est résiduelle – ou est simplement moins visible, par contre, dans les régions du Sud et de l’Est (et surtout dans les zones rurales), la nécessité de favoriser le mariage des filles ralentit les changements de comportements. 

Institutionnalisation du gavage

Tout comme l’excision, il existe des femmes spécialisées dans le gavage des filles. Généralement installées hors des villes, ces femmes présentées comme des nourrices sont payées pour recevoir et s’occuper des filles lors des « vacances » (une ou deux périodes d’hivernage). Celles-ci sont tenues de manger tout ce qu’on leur donne, au risque d’être physiquement punies par la nourrice et ses assistants[4].

S’y ajoute la nécessité de ne pas décevoir sa famille (pression sociale) qui compte sur la « présentabilité » de la jeune fille pour lui trouver un époux le plus rapidement possible. D’autant qu’à travers une alliance, la famille reçoit une dote (généralement, en têtes de bétail), en plus de voir son effectif allégé, en termes de charges et son prestige social peut-être relevé.

D’après l’Equipe de Recherches sur les Mutilations Génitales Féminines de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Nouakchott, un dicton maure énonce notamment que "La femme n’occupe de l’attention que ce qu’elle occupe de l’espace"[5].

Conséquences du gavage

L’obésité est devenue largement observable en Mauritanie. Toutefois, si elle pose de véritables problèmes de santé (maladies cardio-vasculaires, diabète, entre autres), pour autant, elle ne semble pas constituer une menace au regard des représentations liées à la beauté de la femme mauritanienne. Bien au contraire, c’est l’absence d’embonpoint qui pourrait, hors des grandes villes tout au moins, empêcher les jeunes filles de trouver un mari.

D’où la difficulté de lutter contre cette pratique.

Gavage et droits humains

Le 3 juillet 2014, lors de l’examen du rapport de la Mauritanie par le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, la délégation mauritanienne a été interpelée à propos du « gavage » – ou l'alimentation forcée. La réponse a consisté à déclarer « qu'il s'agissait d'une tradition héritée du passé qui n'existe plus dans le pays, pas même en zone rurale, car «aujourd'hui toutes les femmes veulent être fines et élégantes».  Il s'agit donc d'une pratique ancestrale qui est en train d'être éradiquée »[6].

C’est dans ce sens que les autorités mauritaniennes rappellent que la Constitution révisée en 2006 interdit « toute discrimination en raison de la race, de la condition sociale et du sexe ». 

Pourtant, les Organisations de la Société civile (OSC) continuent de dénoncer le fait que « Bien que la Mauritanie ait ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), l’Etat y a émis une réserve générale : seuls les articles en concordance avec la Sharia et avec la Constitution mauritanienne seraient appliqués. »[7]

C’est dire que, même si la pratique du gavage est de moins en moins visible, il importe de mettre en exergue toutes ses formes, y compris celles modernes et en zones urbaines. Ceci permettra de donner un sens au cadre juridique qui se retrouve lui-même plombé par le poids de la « tradition » et des représentations de la beauté dans la société mauritanienne.

Pour nombres d’experts des droits humains et la société civile, la question de l’éducation des jeunes filles et de l’alphabétisation des femmes pourrait constituer une piste pour libérer la femme de ce type de représentation. Il restera aussi à sensibiliser les hommes, surtout dans une société mauritanienne fortement masculinisée, où les fatwas contre certains promoteurs de l’émancipation des femmes sont souvent brandies comme menaces.




[1] L’ajout de viande de ruminants est surtout observé dans le gavage des filles adultes qui n’avaient pu être gavées plus tôt. Chez elles, le gavage se déroule surtout la nuit. On parle de Elleyliya très pratiqué au Nord.
[2] Puigaudeau O. du, Arts et coutumes des Maures, Ibis press, 2005, 320 p.
[3] Chez la femme mince, l’adjectif valha est généralement utilisé avec un de ses diminutifs effeilha.
[4] Au besoin, un instrument nommé Azayar est utilisé pour punir la jeune fille. Il est constitué de deux bâtons attachés ensemble.
[7] La Mauritanie a ratifié le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo), mais n’a pas ratifié le Protocole facultatif à la CEDAW. www.africa4womensrights.org/public/Cahier_d_exigences/Mauritanie-FR.pdf